Chap 6 : La septième – épisode 5 – Extrait

Sur ces mots, nous retournâmes au labo de ma sorcière, où Luc et son équipe étaient en train d’étudier les nouveaux talismans et de localiser la dénommée Urielle, grâce aux gemmes empoisonnées qui l’avaient blessée. En chemin :

Moi : ʺ Tu crois qu’il nous a dit la vérité ? ʺ

Caysha : ʺ J’en ai bien peur. C’était un sadique, sa seule motivation était d’avoir son lot de victimes. Il n’avait donc aucune raison de nous mentir, au contraire, pouvoir nous faire flipper, même mort, fut son ultime plaisir. ʺ

Une fois arrivés, nous ne tardâmes pas à avoir confirmation de ces révélations. Mais, parmi ces mauvaises nouvelles, il y en eût une qui nous mit du baume au cœur – enfin. En effet, d’après les souvenirs de Raphaël et d’Azraël, préservés sans brouillage magique dans leurs talismans respectifs, depuis quelques temps, il y avait comme un début de dissension entre Gabriel et Michaël. Le petit frère de Luc semblant considérer que nous combattre allait à l’encontre de ses convictions. Ben oui, selon leurs croyances, l’arrivée des éternels, leurs ʺ messies ʺ, signifiait aux Enochiens qu’ils avaient accompli leur destinée et qu’ils pouvaient désormais jouir des bienfaits de notre ʺ mère ʺ à tous. En bref, que leur combat était terminé et que c’était désormais à nous, à ma pimousse et à moi, de finir le travail. Le problème, c’était que, contrairement à ce qui était décrit dans leurs prophéties, nous ne naquîmes pas parmi eux, mais parmi les humains, leurs ennemis jurés. Du coup, Gabriel voyait ça comme une punition, pour avoir faillit à la volonté de leur déesse-mère, alors que Michaël, lui, prétendait qu’il s’agissait là d’une épreuve de leur foi, les incitants à continuer dans leur voie, coute que coute – à nos dépens, donc…

Toutefois, plus ça allait, plus le discours de l’autoproclamé ʺ ange en chef ʺ trahissait ses velléités de devenir le maître incontesté de la future nation énochienne ou plus largement, du monde. Alors que l’objectif initial de leur vendetta était de permettre à la génération de purs races à naître de devenir la seule espèce dominante sur Terre, quitte à ce qu’aucun d’eux ne soit plus là pour en profiter, lui, se préparait déjà à la gouverner et seul, tant qu’à faire. J’avoue qu’avec tout ça, nous appréhendions beaucoup ses futures manœuvres, d’autant que le seul à lui tenir encore tête – du moins, à peu près – s’était pris une sacrée trempe, de la part de son grand frère, et ne devait plus être très frais, à l’heure où nous parlions. Inquiet, j’ai donc lancé à mon génie miniature : ʺ Avec ces données, nous ne pouvons attendre que Michaël nous contacte. Il est capable de laisser sa sœur mourir pour mieux nous en blâmer. ʺ

Caysha : ʺ Luc, le crois-tu vraiment imbu de lui-même au point de risquer jusqu’à la dernière tête de son hydre ? ʺ

Luc : ʺ Je crois même que c’était prévu de longue date. ʺ

Moi : ʺ Et si nous essayions de convaincre Gabriel de le trahir ? Peut-être que lui, il y tient à Urielle ? ʺ

Caysha, le visage illuminé par une idée brillante : ʺ Nous pourrions même faire d’une pierre deux coups. Venez, on va envoyer un petit message. ʺ

Je ne comprenais pas encore où elle voulait en venir mais elle semblait très confiante – des fois, elle aimait bien cultiver le suspens et bloquer ses pensées. Sur ce, elle amplifia sa voix flottante pour que tout le monde dans le repère puisse l’entendre et les avertit qu’il allait peut-être y avoir du sport un peu plus tôt que prévu. Nos vigies passèrent alors le mot à nos contacts à l’extérieur et tous ceux qui se reposaient encore rejoignirent leurs postes. Ensuite, ma pimousse et moi, seuls, nous rendîmes aux coordonnées indiquées par le signal émis par les gemmes empoisonnées, prises dans le corps d’Urielle – je vous rassure, des renforts n’attendaient que notre signal pour nous rejoindre, au cas où. Comme on l’espérait, la folle demoiselle en détresse était en train d’agoniser, entourée de son compagnon, lui aussi mal en point, et de son frère, égale à lui-même, dans un manoir isolé d’une petite ville du nord de la nouvelle Angleterre, aux États Unis.  Ce n’est qu’une fois sur place que Caysha m’exposa son idée – et moi aussi je sais cultiver le suspens…

Moi, perché sur un pylône électrique avec une belle vue plongeante sur ledit manoir : ʺ Eh ben, ils ne se refusent rien ! Regarde-moi cette maison ! ʺ

Caysha, à mes côtés : ʺ Ils ont eu le temps de faire des économies, depuis le temps qu’ils sont sur Terre… ʺ

Moi : ʺ Bon, c’est quoi l’idée ? On fonce dans le tas et on discute ensuite ? ʺ

Caysha : ʺ Non, je pensais sonner à leur porte, tout simplement. ʺ

Moi : ʺ Euh, tu plaisantes ? On ne va quand même pas la jouer courtois ? ʺ

Caysha, amusée par sa propre idée : ʺ Si, c’est même très exactement ce qu’on va faire. Tu vas aller voir Michaël et le prendre à part, pour lui proposer de sauver sa sœur en échange de sa reddition. De mon côté, je permettrai à Gabriel d’assister secrètement à cette entrevue, à l’aide de la projection astrale. Michaël révélera ses intentions et avec un peu de chance, Gabriel réalisera qu’il n’a vraiment plus rien à espérer de leur collaboration. Je peux me tromper mais ça vaut le coup d’essayer : au pire, on aura un ʺ ange ʺ fou et sororicide, seul à la tête d’une armée et au mieux, un, voire deux, ʺ anges ʺ de notre côté, avec la capacité de commander l’armée adverse. ʺ

Moi : ʺ Rappelle-moi pourquoi on n’en finit pas tout de suite ? ʺ

Caysha : ʺ Parce que si on ʺ fonce dans le tas ʺ, comme tu dis, non seulement on risque de se retrouver piégés par les sorts de protection de ce manoir mais en plus, on perdra tout espoir de contrôler leur armée. Tant que Michaël fait partie de l’équation, on connaît son objectif et on sait que ses soldats le suivront. Je n’ose imaginer ce que ces derniers feraient s’ils étaient livrés à eux-mêmes et on ne peut pas se permettre de tenter l’expérience, trop de vies en dépendent. ʺ

Malgré mon envie d’en finir, je dus admettre que Caysha avait raison et qu’il valait mieux rester prudent – frustrant au possible. Je me suis donc exécuté et me suis présenté à leur porte, comme un simple visiteur. A travers une vitre, je vis que, dans le salon très style Louis XV, Urielle était affalée sur un grand canapé et était vraiment dans un sale état, à peine consciente. Gabriel n’était pas beaucoup mieux mais arrivait à peu près à se tenir debout et s’occuper de sa femme. Michaël, quant à lui, s’affairait à jouer avec des figurines sur une grande carte du monde, simulant ses futurs mouvements de troupes, tout au fond de la salle. Ils semblèrent à peine surpris de me voir débarquer, surtout Michaël qui vint m’ouvrir, mais ça les a contrariés, ça, j’en mettrais ma main à couper.

 

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