Chimères

La saga des éternels

Chap 5 : Rivalités – épisode 6 – Extrait

Conformément au plan, j’ai donc commencé par faire mon ʺ soûlant de soirée ʺ. Me faisant passer pour ivre, je fis un tel foin que je finis par provoquer l’ire de la salle toute entière à mon encontre. Et, à force d’insultes, on me proposa finalement un ʺ bottage de fesses ʺ dans les règles, donné par le champion en personne, sous les applaudissements de l’assistance et les encouragements hypocrites de Vagabond – jusqu’ici, le plan suivait son cours. J’ai donc rejoint l’arène en titubant, jouant les maladroits et renversant au passage le récipient tubulaire qui me servait de verre, sur le fameux guerrier, poussant l’un des membres de son escorte, un petit rouquin hirsute de ma taille, à m’ʺ accompagner ʺ un peu violemment jusqu’à mon adversaire. Le champion du jour était un énorme humanoïde, avec un corps fait de blocs de pierres – du moins, ça y ressemblait – plus ou moins circulaires, reliés les uns aux autres comme des aimants aux niveaux ce qui aurait dû être des articulations. Le plus étonnant était que ses ʺ parties ʺ parlaient comme si chacune d’elle avait sa propre voix et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ensemble m’attendait avec une certaine impatience. Toujours dans mon rôle, je continuais de provoquer l’assistance, tout en faisant semblant de m’échauffer. Je fus un peu surpris que personne ne cherche à savoir qui j’étais et comment je connaissais leur langage car c’était la première fois qu’ils voyaient un humain. Mais, concentré sur mon rôle, je préférais me dire que leur manque de curiosité venait de la diversité locale.

J’étais donc dos à mon adversaire, en plein étirement d’homme ivre et arrogant, face à une foule hostile, quand, dans un geste d’impatience, mon tas de pierres me décocha une magistrale claque derrière la tête. N’importe qui d’autre aurait eu très mal mais l’avantage d’être moi, c’est que pour me faire mal, faut vraiment y aller. Du coup, non seulement je ne ressentis pas la moindre douleur mais en plus, la pauvre ʺ main ʺ, ou galet surmonté de trois colonnes de billes empilées, se brisa complètement à l’impact. Je me suis alors retourné lentement, pour lui faire face et, voyant que ses morceaux de ʺ main ʺ commençaient à se rassembler sur le sol pour se reformer, je lui ai littéralement éclaté sa ʺ tête ʺ de rocher ambulant, par un fulgurant direct du droit, le faisant s’écrouler sur le sol. Ce fut stupéfiant, toutes les parties de son corps se désolidarisèrent et s’éparpillèrent dans sa chute avant de se réassembler rapidement, remettant notre bonhomme sur pied. La ʺ tête ʺ et la ʺ main ʺ brisées se refondirent comme si de rien n’était et, après quelques secondes, j’étais de nouveau face à lui – je pouvais presque percevoir le rictus de satisfaction au-delà de sa face de pierre. 

Malheureusement pour lui, comme avec tous ceux que je touche – pour peu qu’ils n’aient pas protégé leurs secrets magiquement – entrer physiquement en contact avec lui me permit de connaître sa petite histoire personnelle et donc, de savoir comment le battre. Notre tas de cailloux était en fait un ensemble de micro-organismes, agissant en osmose, au sein d’un système complexe. En gros, j’avais devant moi un bonhomme de sable dont chaque grain le composant était un organisme à part entière, évoluant dans un ensemble mû par une conscience collective. Pour le sonner, je devais donc sonner tout son corps en même temps et ça, j’en fus d’avance désolé pour lui mais, il l’a bien évidemment senti passer. Bon, je dois avouer que ma culpabilité fut de très courte durée car, comme tous ceux présents dans ce relais de contrebandiers, notre gars était très loin d’être un enfant de chœur.

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