Chimères

La saga des éternels

Chap 5 : Rivalités – épisode 4 – Extrait

Nous repartîmes donc sur la petite lune mais cette fois-ci, restâmes en mode camouflage dans une grotte de glace, à une centaine de kilomètres à l’Est du marché clandestin. Après nous être posés, ma femme et moi nous concentrâmes pour trouver deux créatures libres de leurs faits et gestes et susceptibles d’être remplacées par Thénos et moi. Au bout de quelques minutes, nous sélectionnâmes deux proies idéales, isolées dans l’une des toilettes publiques ou pour parler plus crument, l’un des puits sans fond entouré de palissades, où tout ce petit monde faisait ses besoins – apparemment, la technologie avancée ne comprenait pas les sanitaires. Caysha nous téléporta donc sur place où nous nous saisîmes de nos ʺ modèles ʺ. Au premier contact, en comprenant quel genre de vile créature j’avais en face de moi, l’idée même de lui emprunter son apparence me révulsa. Néanmoins, en bon petit soldat, je m’exécutais. Et après être devenu ce qui ressemblait à un oiseau de proie zombie, d’à peine un mètre vingt, avec un corps d’autruche obèse, court sur pattes et disposant de deux grands bras maigres à la place des ailes, je mis ses frusques qui se résumaient à plusieurs couches de robes de bure multicolores en guenilles, par-dessus mes vêtements. Thénos n’était pas beaucoup mieux loti. Son modèle était une sorte de grillon mutant rachitique, dont la moitié du corps était recouvert de pièces métalliques, des prothèses cybernétiques remplaçant des muscles endommagés – il en avait même une sur la tête. Il faisait environ un mètre soixante et était vêtu avec ce qui ressemblait à un tailleur des années cinquante noir, tout miteux. Pour assurer nos arrières, j’ai également scanné la mémoire de notre grillon afin de pouvoir renseigner Thénos si une connaissance de l’animal venait à prendre contact avec nous. Une fois ceci fait, nous ficelâmes nos deux victimes, afin que Caysha et les autres puissent les récupérer et nous les garder au chaud jusqu’à ce que nous n’ayons plus besoin d’eux.

Jusque-là, tout se déroulait comme prévu. Nous étions désormais méconnaissables, près à se fondre dans cette masse protéiforme et pourtant, à peine ladite palissade franchie, qu’un mystérieux géant nous bousculait, sciemment. A dire vrai, avec cette foule, ce n’était guère surprenant. En revanche, qu’il s’adresse directement à moi dans un français parfait, au lieu d’un des dialectes locaux – le plus parlé étant un mélange de grognements articulés et de sifflets –, pour en plus me lancer un ʺ ce n’est pas une bonne idée ʺ, j’avoue que ça m’a laissé pantois. Une telle déclaration dans ce contexte ? Je peux vous assurer que Thénos et moi eûmes la même sueur froide nous parcourant l’échine – de quoi se tenir bien droit. Mon compagnon avait beau être anglophone de base, il était tout aussi interloqué que moi au son de ces quelques mots. Toujours sans bouger, nous suivîmes alors le personnage des yeux jusqu’à ce que celui-ci s’installe confortablement à une table, au fond d’une taverne en bordure du hall principal. Nous vîmes ensuite qu’il nous faisait signe de le rejoindre, le plus nonchalamment du monde. Caysha, toujours en liaison télépathique avec moi, me répétait que ce n’était peut-être pas une bonne idée mais au contact de cette créature, une autre sensation s’était mêlée à la stupéfaction d’entendre ma langue maternelle dans cet endroit : il ne m’était pas inconnu. Bon, pas comme si nous avions partagé la même chambre à la fac mais j’étais sûr de l’avoir déjà rencontré, même si j’étais incapable de dire où et quand…

 

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