Chap 5 : La mutine – épisode 3 – Extrait

Pour en revenir à nos aventures, nous nous sommes donc dirigés vers le centre névralgique de la nouvelle planque de ma femme – du moins, nouvelle pour moi –, où tout le monde nous attendait. En fait, il s’agissait juste de la plus grande salle de cette grotte, donnant sur toutes les autres galeries. D’ailleurs, quand Caysha croisa le regard de Fred, elle lui fit signe qu’après la réunion, elle aurait deux mots à lui dire et vu son expression, il sut tout de suite qu’il allait en prendre pour son grade. Mais bon, dans ce contexte, il ne fut pas le seul à vite changer d’attitude. Ben oui, quand nous réapparûmes, tous nos amis nous accueillirent avec des sourires entendus mais dès que Luc se joignit à nous, accompagné d’une dizaine de ses potes démons, ils baissèrent les yeux et affichèrent des mines on ne peut plus graves. A ce moment-là, j’aurais bien voulu m’excuser auprès de lui et le remercier pour l’aide qu’il avait apportée à ma pimousse mais il entra si vite dans le vif du sujet, qu’il ne m’en laissa pas le temps. Cette réunion avait avant tout pour but de me présenter plus en détails l’organisation mise en place par Caysha et de me faire part de leurs dernières découvertes. C’est justement à cette occasion que j’en appris un peu plus sur notre ténébreux démon de la vengeance et son histoire personnelle, ce qui, je dois bien l’admettre, le fit encore plus remonter dans mon estime.

Je découvris notamment qui étaient les Enochiens, sa race d’origine – à savoir, des sorciers nés d’une forêt millénaire – et comment ces derniers avaient mené des batailles contre les hommes, dès les premières heures de l’humanité. Le plus fort du conflit ayant eu lieu lorsque les bâtisseurs de Babylone détruisirent leur forêt-mère, déjà agonisante, pour étendre leur ville. Ils avaient beau être de puissants sorciers, leur nature pacifiste et leur nombre très réduit ne leur permit pas de repousser définitivement un ennemi qui ne cessait de croitre et de se répandre sur leurs terres. Du coup, au fil des batailles et face à un interminable afflux d’humains têtus et vindicatifs, certains commencèrent à réaliser que c’était peine perdue. Les plus sages, sachant leur forêt déjà condamnée avant même l’arrivée des hommes, décidèrent donc d’abandonner leur mode de vie millénaire pour parcourir le monde.

D’après Luc – et Caysha me le confirma ensuite –, ce sont ses ancêtres, partis à l’aventure, qui engendrèrent les innombrables espèces de créatures magiques aujourd’hui présentes sur Terre – à l’exception des garous et des vampires, eux c’est une tout autre histoire. En effet, les Enochiens, en tant que magiciens primordiaux, ont la capacité de changer de nature au gré de leurs besoins. De ce fait, pour mieux s’adapter aux conditions extérieures à leur foyer nourricier – à la base, ils se sustentaient exclusivement des fruits de leur forêt-mère –, certains devinrent des démons énergivores ou des créatures telles les fées ou les gobelins, se nourrissant des divers produits de la vie – de matière organique, quoi. Le truc c’est qu’une fois qu’ils ont goûté à autre chose qu’à leur nourriture de base, ils ne peuvent plus redevenir des Enochiens et sont donc condamnés à vivre leur extraordinaire longévité sous leur nouvelle forme. Eh oui, contrairement à leur descendance, ces apatrides peuvent toujours vivre entre dix et douze mille ans, comme s’ils n’avaient jamais changé de nature, soit cinq à dix fois plus que n’importe qui d’autre. Je compris donc, à travers ces explications, pourquoi les Enochiens pouvaient avoir des enfants avec tout le monde, créatures magiques comme humaines, ils sont simplement comme ma femme et moi, universels. D’où aussi le fait que, tout comme leurs rejetons demi-démons ou demi-mages – ces derniers sont ceux sans cornes, à la place, ils ont une auréole ʺ incrustée ʺ sur le haut de leur crâne et qui est difficile à voir s’ils ont des cheveux –, ils échappent totalement à nos règnes respectifs et du même coup, à notre contrôle – si toutefois, il y avait encore un doute à ce sujet.

Au bout d’un moment, j’avoue que je commençais à me demander où Luc voulait en venir avec toutes ces précisions et visiblement, je n’étais pas le seul à en juger par les regards en coin que se lançaient Georgie et Mat. Et finalement, il aborda le cœur du problème. J’avais déjà réalisé, lors de ma dernière confrontation avec feu Alfred, que des Enochiens faisaient partis du complot des ʺ neuf ʺ mais ce que j’ignorais encore, c’était qu’ils en étaient à l’origine. Plus précisément, même en sachant leur forêt-mère déjà condamnée, certains, parmi les derniers nés, estimèrent que la responsabilité de sa destruction totale incombait à l’humanité et, dans une moindre mesure, à leurs déserteurs d’aînés. Ce petit groupe d’irréductibles continua donc le combat bien après la mort de leur dernier arbre fruitier, se jurant de rétablir la suprématie de leur espèce et faisant tout pour punir ceux qu’ils considérèrent, dès lors, comme des êtres inférieurs et corrompus. Et pour être sûrs de rester Enochiens, ils allèrent même jusqu’à s’affamer, des millénaires durant, en ne se nourrissant plus que de mini-fruits produits par des versions bonzaïs de leurs arbres adorés – ça, c’est de la dévotion ou je ne m’y connais pas ! En revanche, du fait de leur petit nombre et de leur affaiblissement progressif – ben oui, la volonté c’est bien mais quand on ne mange pas à sa faim… –, ils durent employer les plus viles tactiques afin de parvenir à leurs fins : détruire le monde qui les avaient rejetés pour le reconstruire à leur image.

Aux dires de notre démon, ils commencèrent donc par se faire oublier des ʺ mortels ʺ et vu l’espérance de vie des humains de l’époque, il leur a fallu moins d’un siècle pour passer d’ennemis publics reconnus à mythes de grand-mères. Puis, ils refirent progressivement surface ici et là, se faisant passer pour des êtres bienveillants, apportant la bonne parole aux hommes crédules et surtout, impressionnables de l’antiquité. En usant de magie devant certains d’entre eux, ils n’eurent aucune peine à les convaincre de l’existence de puissances divines, que ces derniers se les soient déjà inventées ou non, s’improvisant porte-paroles de dieux imaginaires. Par ce biais, ils parvinrent à la fois à imposer certaines de leurs valeurs à de nombreuses civilisations mais aussi, à les pousser à s’attaquer les unes les autres, prétextant des défauts de croyance, des mœurs dissolues aux yeux de leurs ʺ divins commanditaires ʺ, et j’en passe. Ils en profitèrent aussi pour leur insuffler la haine des autres créatures magiques afin que tout homme qui se respecte leur fasse la chasse dès que l’occasion se présentait – et après, on s’étonne que celles-ci évitent la compagnie des humains… Bon, d’un autre côté, on ne va pas se mentir, l’humanité, que ce soit celle de cette époque reculée ou celle de maintenant, n’a jamais eu besoin de beaucoup pour s’entretuer. Il lui suffit d’avoir envie du lopin de terre du voisin, ou simplement de sa femme… Seulement, au fil des siècles, ils donnèrent quand même suffisamment d’excuses aux ʺ mortels ʺ pour que ceux-ci se tapent dessus, ʺ dans la joie et la bonne humeur ʺ, repoussant d’autant le moment où ils parviendraient à dépasser assez leurs antagonismes pour vivre ensemble.

 

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