Chap 5 : La mutine – épisode 2 – Extrait

Sans même attendre qu’il reprenne de leurs nouvelles, je me suis envolé direction le Havre, en lui commandant de garder un œil sur mon beau-frère. J’étais sûr et certain qu’on s’était encore fait avoir et moins de vingt minutes plus tard, à mon arrivée sur place, j’en eus la confirmation en direct. En effet, tous les pontes du conseil d’HECATE, tous ces magiciens super expérimentés, si sûrs de leur supériorité, étaient complètement et littéralement pétrifiés. Ma pimousse les avait ridiculisés une nouvelle fois et ils étaient désormais à sa merci, eux et leur précieux chargement. Il y avait du monde en bas, d’abord Luc, menant une dizaine de démons divers et tous anthropomorphes – je voyais leurs yeux de couleurs différentes luire dans le noir –, qui s’affairait à placer mes patrons statufiés à intervalles réguliers autour d’un énorme cercle magique blanc, couvrant le sol sur toute la longueur du convoi. Caysha était là aussi et regardait ses sbires s’exécuter, assise dans l’herbe sèche, sur le bas-côté de la route.

Quand mes yeux se posèrent sur elle, ma malédiction prit une nouvelle fois le pas sur ma personnalité. Je perdis alors ma capacité à me maintenir en suspension dans l’air et tandis que je chutais, mon corps se transformait bien malgré moi en un garou géant, encore plus grand, fort et violent que lors de ma première ʺ crise ʺ. J’ai donc lourdement atterri dans le champ bordant ladite route, à environ vingt mètres de ma femme. J’ignore quelle taille j’avais atteint mais à en juger par l’expression de tout le monde, je devais plafonner à au moins huit mètres.

 

Voix flottante de Caysha : ʺ Ouh là ! Tu peux allègrement en rajouter quelques uns ! Tu faisais au moins douze mètres de haut ! Un vrai géant ! ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Ah oui ? Je ne me voyais pas si grand. Mais bon, j’ai déjà fait pire, ce n’était qu’un début. ʺ

Voix flottante de Caysha : ʺ Oui ben, un bon début alors, parce qu’on ne s’y attendait pas ! Crois-moi, tu nous a vraiment impressionnés, ce jour-là ! ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Mouais, j’aurais surement trouvé ça plus gratifiant si je l’avais fait exprès. Enfin bon… Où en étais-je ? Ah oui. ʺ

 

Dès qu’elle m’entendit, ma sorcière se releva d’un bond et lança un éclair en direction des camions du convoi, qui prirent feu. Elle se tenait à quelques mètres de la périphérie, à l’intérieur de son cercle magique, et au lieu de fuir, elle se tourna vers moi comme si elle m’invitait à l’attaquer. Elle était telle que Fred me l’avait décrite : livide, malingre et tout de noir vêtue – on aurait dit une zombie – mais derrière ses yeux injectés de sang et les marques de mes coups passés encore très visibles, c’était bien ma femme. Et comme la première fois, je me suis donc précipité sur elle, à peine remis de ma chute. A ce moment-là, Luc tenta de s’interposer, avec deux autres démons, mais elle les balaya d’une main, me laissant le champ complètement libre. Tout se déroula en une fraction de seconde – vraiment. Seulement, dès que j’eus franchi la limite du cercle magique, le sol se déroba sous mes pattes griffues, m’embourbant presque complètement et très vite, dans ce qui sembla être des sables mouvants d’asphalte, très visqueux. De la même façon que les camions de mon propre convoi, je fus stoppé net dans mon élan et tandis que les protecteurs de ma femme se relevaient doucement, elle, elle s’approchait de moi, visiblement impressionnée par ma taille mais sans crainte dans le regard.

Elle parut soulagée de me voir ainsi et en même temps, incroyablement triste. Je crois que je ne l’avais jamais vue aussi accablée de ma vie et malgré mon inconfort, j’étais également content qu’elle ait enfin réussi à m’arrêter. Cependant, je sentais que mon corps luttait encore pour se dégager de sa gangue de bitume épais et commençait même, progressivement, à parvenir à contrecarrer le sortilège de ma femme. Rendez-vous compte, j’étais habité d’une telle violence que ma malédiction me donnait la force de prendre le dessus sur d’autres formes de magie. C’est alors que Caysha passa tranquillement derrière moi, libéra le haut de mon épaule laissant apparaître l’emplacement où elle avait dessiné le tatouage de protection anti-immobilisation magique. Elle posa ensuite sa main sur moi et là, une intense lumière se dégagea de sa paume. L’instant d’après, j’étais un garou de taille normal et n’étais plus empêtré presque jusqu’au cou dans le sol, mais simplement pétrifié à sa surface, tout comme mes patrons. Là, autant dire que je ne pouvais plus du tout bouger. Et quand ma sorcière réapparut devant moi, elle eut l’air encore plus misérable et faible et manqua même de tomber avant de se rattraper in extremis à mon épaule et à mon talisman astéral, miraculeusement toujours attaché autour de mon cou – sa chaîne devait être magiquement extensible, je ne vois que ça. Par contre, quand elle toucha ledit bijou, elle se mit à briller de l’intérieur, comme si son squelette avait pris feu soudainement et moins d’une minute plus tard, le zombie rachitique avait laissé sa place à ma pimousse, rayonnante de vie.

Evidemment, elle portait encore les marques de mes coups mais comparé à quelques secondes auparavant, c’était le jour et la nuit. Puis, au loin, nous commençâmes à entendre les renforts d’HECATE arriver – moi, ça faisait déjà un moment que je les entendais. Pourtant, Caysha ne détourna même pas la tête pour regarder. Elle semblait ne pas vouloir me quitter des yeux et bizarrement, j’en fus ravi. J’étais toujours statufié, bien sûr, mais pendant de longues secondes, j’ai pu l’admirer m’admirer. Mais devant l’insistance de Luc de ne pas s’attarder plus avant, elle finit par me signer :

ʺ Je suis vraiment désolée. Tout sera bientôt fini, je te le promets. ʺ

Là-dessus, elle embrassa mon museau et disparut par téléportation, avec toute son équipe. Le cercle magique au sol se dissipa peu après, nous libérant, les autres pétrifiés et moi. Je repris d’ailleurs ma forme humaine presqu’instantanément. Heureusement pour nous, le conseil avait protégé les camions contre la magie, du coup, ma mutine de femme eut beau les avoir incendiés, leur chargement n’en souffrit en aucune manière. Toutefois, de leur propre aveu, sans mon intervention, elle aurait eu amplement le temps de contourner leur protection et détruire nos vaccins. Conclusion, j’ai quand même un peu sauvé les meubles. Mais les congratulations furent de courte durée car nous apprîmes peu après que Fred et ses complices étaient parvenus à s’évaporer de notre infrastructure marseillaise – une soirée comme on les aime, quoi. Je finis donc cette aventure avec un arrière goût d’échec même si j’étais parvenu à limiter les dégâts. Surtout que désormais, je savais comment ma pimousse s’y prenait pour se sustenter en énergie, en complément de celle stockée dans mon talisman, et je peux vous dire ça m’a vraiment mis un coup. Et sans même parler de ses nouvelles fréquentations, entre violeurs et autres assassins… En plus, c’était à n’y rien comprendre, je veux dire, pourquoi s’infliger toute cette souffrance et s’acoquiner avec des raclures pareilles si c’était pour se battre contre moi – oui, je l’ai pris pour moi – et laisser les ʺ neuf ʺ tranquilles ? Tout ça n’avait strictement aucun sens.

 

Voix flottante de Caysha : ʺ Oui, de ton point de vue étriqué. ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Un commentaire sur le fait que tu m’ais laissé dans l’ignorance ? ʺ

Voix flottante de Caysha : ʺ Non non, vas-y, raconte. ʺ

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