Chimères

La saga des éternels

Chap 4 : Répressions et dissensions – épisode 4 – Extrait

Après une semaine, Caysha pu enfin sortir de son bassin. Ses plaies étaient refermées mais sa peau était encore très marquée et elle-même était toujours beaucoup trop fragile pour qu’on lui permette de quitter l’infirmerie. Son état de manque, aussi, était préoccupant, ses médecins ne sachant plus quel dosage d’antidouleurs lui donner. Heureusement, nos fameuses petites gemmes magiques ʺ en réseau ʺ la nourrissaient assez pour qu’elle puisse se tenir un peu debout, voire même, parcourir de petites distances à pieds, à condition de s’équiper d’un déambulateur. La connaissant, elle devait en plaisanter même si son état en aurait découragé plus d’un. En discutant avec Fred, je sentais que cette situation lui rappelait l’agression qui avait conduit sa sœur au mutisme, il le vivait donc très mal puisqu’il se la reprochait encore – le complexe du frangin protecteur. Au bout d’environ dix jours, ma pimousse avait repris des couleurs mais ne pouvait toujours pas se déplacer sans aide. Par contre, intellectuellement, elle pétait littéralement le feu, donnant même des directives à ses laborantins pour qu’ils continuent ses travaux sur le vaccin anti-garou, malgré sa convalescence. En fait, si elle avait pu, elle aurait tourné en rond dans sa chambre, à force de rester enfermée à ne rien faire – le truc le plus frustrant pour quelqu’un comme elle. Rapidement, elle éprouva le besoin de renouveler un peu son environnement et pour ce faire, elle demanda simplement à son frère d’aller chercher quelques vêtements chez nous. Il me sollicita donc pour l’y accompagner, afin de mieux s’y retrouver au milieu de notre bazar.

Je ne vous le cacherai pas, j’ai dû prendre mon courage à deux mains pour m’y rendre, surtout avec lui. Ben oui, personne n’avait pris la peine de nettoyer mon carnage et quand je réalisais dans quel état j’avais mis la cuisine, je me suis même dit que ma pimousse allait me tuer si je laissais les choses comme ça – débile comme réflexion, n’est-ce pas ? Quoi qu’il en soit, nous montâmes tous deux à l’étage et tandis que je lui indiquais quoi prendre comme affaires et où les trouver, j’en profitais pour remplir un seau avec des produits ménagers, en vu de nettoyer ma ʺ scène de crime ʺ. Je l’ai ensuite laissé repartir seul avec un sac de sport rempli et me suis mis à l’ouvrage – croyez-moi, il y avait du boulot. Je ne vous raconte pas comment ça me fit bizarre de rester là-bas tout seul alors que je n’y avais plus remis les pieds depuis ʺ l’incident ʺ – je m’étais installé dans l’un des appartements pour visiteurs de l’agence, pour rester au plus près de ma pimousse. Même Boots, notre chat, ne pouvait me distraire par sa présence dans la mesure où nous l’avions confié à ma belle-mère, plusieurs semaines auparavant. En un mot, c’était déprimant. Et tout en frottant le sol et les murs, maculés du sang de ma femme, en ce lundi 7 mai 2018 au soir, je me disais que la situation ne pouvait plus empirer. Ce fut donc à ce moment-là que l’histoire me prouva que je me trompais lourdement.

Eh oui, vers 22h30, je fus appelé en catastrophe par Gadget Boy Schneider, le supérieur de ma sorcière, pour me dire que celle-ci avait disparu et qu’en la cherchant, ils avaient retrouvé un corps non identifié dans le parking souterrain. Je me suis donc précipité sur place, encore habillé pour faire le ménage – j’ai d’ailleurs été chambré par le garde à l’entrée mais quand il vit mon expression, il comprit que je n’étais pas d’humeur. Arrivé audit parking, après un bref passage au PC sécurité, dont les gardes passaient déjà en revue la vidéosurveillance, j’eus la stupéfaction de découvrir que le fameux corps était complètement momifié et par conséquent, méconnaissable. A priori, c’était jadis celui d’une femme avec un certain embonpoint et qui ressemblait désormais à un vieux ballon de baudruche blond, ratatiné sur lui-même, en un amoncellement d’innombrables plis et replis de peau distendue et parcheminée. Ses vêtements m’ont tout de suite sautés aux yeux car il s’agissait d’un tailleur noir bien trop petit pour la corpulence d’origine du corps.

Sans nul doute, Mr Schneider et son équipe étaient en train d’examiner les restes de Mme Véronika Garand, la responsable du pôle France en personne. Les papiers retrouvés dans le sac près du cadavre corroboraient d’ailleurs cette découverte. Cependant, ils avaient tous peine à le croire puisque, parmi les employés, nous étions très peu nombreux à savoir qu’elle dissimulait son apparence réelle à l’aide d’un parfum magique, qui embaumait encore l’endroit même s’il ne faisait plus effet à personne. Non mais vraiment, allez donc faire le rapprochement entre ce corps déformé par l’âge, l’obésité et sa récente momification, quand la seule image que vous connaissez c’est une pin-up blonde fatale en talons hauts ! Devant leur incrédulité, je leur ai donc confirmé personnellement l’identité du cadavre et Gadget Boy n’eut d’autre choix que d’ordonner une autopsie et de faire prévenir le fils de Mme Garand, Russ Quake, le directeur d’HECATE. J’avoue que cette histoire ne me disait rien qui vaille, d’autant que je sentais aussi l’odeur de ma femme partout dans le parking, jusqu’à plusieurs mètres après la sortie. J’ai donc immédiatement appelé toute la famille, dans l’espoir d’avoir des nouvelles, même ma belle-mère, mais rien n’y fit. Et comme par hasard, nos amis les plus proches aussi manquaient tous à l’appel, à commencer par mon beau-frère.

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