Chap 4 : Répressions et dissensions – épisode 3 – Extrait

J’avoue qu’à ce moment-là, j’étais partagé entre l’envie de l’avoir auprès de moi et la culpabilité de la solliciter alors qu’elle avait clairement besoin d’un break – même si dans les faits, je savais qu’elle était encore en train de bosser. Donc, tout en regardant Franklin, j’ai finalement fait signe à David de lui dire de rester à la maison. On avait déjà un magicien sous le coude, après tout, il était par conséquent inutile qu’elle se déplace juste pour une mission de reconnaissance. D’ordinaire, ça ne l’aurait pas empêchée de débarquer par téléportation mais elle devait être sur le point de faire une découverte car elle s’empressa d’acquiescer et raccrocha en nous demandant simplement d’être prudents. Suite à ma déconvenue, le mini-sorcier polynésien – il plafonnait à un mètre soixante – me remontra les images retransmises par sa boule de cristal et m’expliqua que les symboles tribaux, gravés dans la paroi au fond du puits, ouvraient probablement un portail magique. Le problème étant que, pour déterminer de quel genre de portails il s’agissait, il fallait que quelqu’un descende et analyse tous les éléments composants la fresque, les ʺ drones ʺ magiques ne disposant pas encore d’équipements d’échantillonnage – et un point pour les simples humains, un !

Le pauvre gamin culpabilisait de l’attaque sauvage de mes oreilles, lors de ma tentative de descente, du coup, il insista pour retenter l’aventure lui-même. Ibrahim et Pi n’étaient pas très chauds, David non plus d’ailleurs, mais il était le plus qualifié d’entre-nous et avait vraiment l’air de vouloir faire ses preuves. J’ai donc accédé à sa demande à condition qu’il descende avec l’un des soldats et qu’il se montre extrêmement prudent. Il me l’assura et prépara son matériel tandis que j’aidais les gars à monter un trépied avec une poulie, pour faciliter la descente. J’aurais bien utilisé ma télékinésie, mais, malgré mon super pouvoir de guérison, mes oreilles ne semblaient pas vouloir s’arrêter de siffler et ça me provoquait un de ces mal de crâne, je ne vous dis que ça. Pour assurer le petit, Pi se porta volontaire et c’était effectivement le choix le plus logique compte tenu de l’excellente vue nocturne des vampires. Nous les attachâmes donc solidement à une corde commune et les fîmes descendre doucement – je tenais même la corde à une main tellement ils étaient légers pour moi.

Par contre, au moment où la tête de nos spéléologues amateurs passa l’entrée du trou, je compris que ce qui avait ensanglanté mes tympans ne leur était pas destiné car eux ne subirent aucune agression sonore. Ils parvinrent même à descendre les quatre-vingts mètres qui les séparaient du fond de cette fosse, pas plus large qu’une voiture, sans le moindre incident. Puis Pi alluma les lampes et Franklin commença à examiner la fameuse paroi gravée mais sans toucher la fresque. Les symboles tribaux formaient une sorte d’arche et selon son expertise, la peinture qu’il y avait par-dessus était aussi magique, confirmant qu’il s’agissait bien d’un portail. Tous les instruments de notre magicien étaient au rouge, tant le sortilège apposé à même la roche était puissant, et pourtant, il n’avait même pas encore commencé à gratter la peinture pour analyser précisément de quoi ce sort était fait. Quand il entendit ça, David fut d’avis de revenir avec un sorcier plus puissant, Alfred ou Caysha, par exemple. Il n’était pas très rassuré à l’idée de laisser à un gamin le soin de trifouiller un objet magique, sans quelqu’un maîtrisant parfaitement le sujet à ses côtés.

Encore une fois, ce n’était qu’une mission de reconnaissance, mais Franklin, décidé à nous prouver qu’il était à la hauteur, prit quand même sur lui de prélever un échantillon de ladite peinture, malgré nos réserves. Le problème c’est qu’il n’aurait évidemment pas dû. Ben oui, à peine eut-il touché la fresque avec son couteau, que ses motifs se mirent à briller d’un bleu électrique intense. Il fut alors surpris et eut instantanément un mouvement de recul mais le mal était fait. Déjà qu’on s’inquiétait, nous autres en surface, alors je peux vous dire que quand tout le matériel de retransmission vidéo et audio cessa de fonctionner, on s’est tous regardé avec la même expression de panique. David et Ibrahim eurent beau s’époumoner, pendant que je remontais prudemment nos spéléologues amateurs par télékinésie – en dépit de mon mal de tête toujours très présent –, il n’y avait plus personne pour leur répondre. Et quand nous vîmes émerger leurs silhouettes de l’obscurité du gouffre, nous réalisâmes alors l’horrible réalité : nos deux compagnons avaient été littéralement pétrifiés. Franklin avait encore cette position de recul et touchait Pi avec son épaule droite.

Puis, sans que je ne puisse y faire quoi que ce soit, David et Ibrahim se statufièrent eux-mêmes. Comment ? Je ne l’ai compris que quand je vis qu’ils tenaient encore la corde de nos co-équipiers. Celle-ci fit apparemment office de conducteur magique, contaminant tous ceux qui la touchèrent aussi surement que s’ils avaient touché la fresque elle-même. Je me retrouvais bientôt complètement seul, entouré de quatre ensorcelés, tous devenus gris pierre et ne bougeant plus du tout. Rien n’aurait pu les différencier d’une œuvre d’art inerte et j’ai eu beau essayer de retirer ladite corde de leurs mains, tout ce que je réussis à faire fut de la briser. Un instant plus tard, des lignes dessinées sur le sol et jusqu’alors dissimulées par la végétation, se mirent à briller du même bleu électrique intense que celui de la paroi maudite. Au même moment, je vis mes compagnons se désagréger en volutes de fine poussière, juste sous mes yeux. Cette poussière resta en suspension quelques instants, délimitant encore les contours de leurs corps, puis, fut aspirée dans la fosse où je l’ai vue disparaître, dans un dernier flash de lumière, lors de son passage à travers le portail magique, tout au fond du puits.

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