Chap 4 : Répressions et dissensions – épisode 1 – Extrait

La semaine continua donc sur une note plus engageante que ne le laissaient supposer les derniers événements. Même s’il y avait encore du boulot, ma femme et moi commencions à nous rabibocher et il en était vraiment temps car plus ça allait, plus je me sentais seul au monde – sur tous les plans. Je crois que ce qui a joué en ma faveur, c’est le fait que je m’opposais systématiquement aux débordements de mes collaborateurs et de plus en plus, aux mauvaises décisions de ma direction. Je ne parle pas de David ou d’Alfred, non, il s’agissait des autres équipes pour qui la mort du vieux Roland justifia un surcroît de violences et de mauvais traitements – malgré le fait que nos enquêteurs aient officiellement classé l’affaire suite aux ʺ aveux ʺ découverts chez notre jeune suicidé. C’était comme si cet événement tragique avait mis le feu aux poudres et je dus donc recadrer bon nombre de mes petits camarades aimant un peu trop jouer des coudes, lors de nos interventions. J’ai aussi bien sûr continué mon audit et ça me permit assez vite d’évaluer précisément ce qui était perfectible dans notre organisation. En fait, il y avait deux types de créatures à considérer : les lignées historiques, déjà bien connues et intégrées – certaines vieilles familles/meutes de garous, quelques clans de vampires ou encore, plusieurs guildes démoniaques séculaires – et les ʺ électrons libres ʺ qui, eux, regroupaient toutes les contaminations garou accidentelles, les très jeunes vampires, dits rebelles, et tous ceux qui évoluaient sous les radars de l’agence, chérissant leur anonymat – nos proies à privilégier, donc.

Comme vous le savez, les nouveaux garous et vampires ne représentaient qu’un danger relatif pour les humains. Ils avaient juste besoin d’être éduqués pour gérer leur nouvelle condition et apprendre à faire profil bas pour que leur existence reste une légende urbaine aux yeux du monde considéré comme ʺ normal ʺ. Mais du fait qu’ils étaient les plus nombreux, leur ʺ gestion ʺ était devenue notre principale activité et considérant les derniers événements, nous ne pouvions plus nous le permettre. Surtout que, pour être tout à fait honnête, ils ne constituaient pas des cibles très intéressantes, contrairement aux petits malins qui faisaient tout leur possible pour nous éviter – comme feu les moines Centaures – et qui ne méritaient que la prison à vie ou l’enrôlement sous contrôle, au sein de l’agence. Du coup, je ne vous le cacherai pas, plus j’avançais dans mon audit, plus il m’était difficile de perdre mon temps à chasser le garou/vampire, sachant qui rôdait en tout impunité – les ʺ neuf ʺ & Cie, entres autres. En plus, comme on n’avait jamais assez de temps pour mener de vraies enquêtes, ça me rendait malade de me contenter de ʺ gérer ʺ les conséquences des téléportations spontanées ou de venir sur les lieux des disparitions inexpliquées pour simplement constater les faits.

Malgré le nombre inquiétant de victimes, et même s’il s’agissait de personnes à risque comme des groupes terroristes ou des gens contaminés car vivant jusque-là en zone radioactive, notre politique resta inchangée pendant des semaines. Vous ne vous imaginez pas combien de ces affaires j’avais sur le feu à cette époque, mais selon ma direction, l’urgence était de garantir la stabilité du monde humain, en évitant toute panique à l’approche du 18 juin – c’est vrai qu’après tout, c’était encore eux les plus nombreux. Donc, les avions évaporés en plein vol restèrent des mystères non élucidés, les villages désertés du jour au lendemain rejoignirent le panthéon des mythes tels les Anasazis… Et comme si ça ne suffisait pas, plus nous capturions du menu fretin, plus nous saturions nos centres de retraitement ce qui fit qu’après la mort du pauvre E. Roland, le regain de violence lors de nos interventions devint en quelque sorte ʺ justifiable ʺ. Ben oui, nos agents de terrain considéraient alors qu’augmenter leur taux de ʺ dommages collatéraux ʺ, faisait d’une pierre deux coups puisque c’est toujours plus simple de se débarrasser d’un problème que d’y chercher une solution – a fortiori quand on a l’aval tacite de sa direction… Bon j’avoue, si je ne m’étais pas pris la tête avec ma femme sur ce sujet, j’aurais peut-être pu partager cet état d’esprit. Mais maintenant que je me penchais sérieusement sur la question, via mon audit, je trouvais des alternatives viables qui m’empêchaient désormais de fermer les yeux.

 

Voix flottante de Caysha : ʺ Comme quoi, ça sert quand je te remets les idées en place ! ʺ

Voix de Vinsen : ʺ N’est-ce pas précisément ce que je viens d’admettre ? ʺ

Voix de Vinsen : ʺ C’est ce que je disais, donc… ʺ

 

L’une de mes fameuses alternatives était d’ailleurs on ne peut plus simple : faire appel aux populations déjà éduquées et bien intégrées pour aider à la gestion de leurs congénères. Comme me l’avait si bien fait remarquer Caysha, les lunatiques velus s’autogéraient jadis et les meutes séculaires actuelles y parvenaient encore très bien, malgré quelques heurts occasionnels, il n’y avait donc pas de raison pour que les autres ne puissent pas faire comme eux. Surtout si nous leur donnions les moyens logistiques d’y arriver. En ce qui concernait les très jeunes vampires, je ne sais plus si je vous l’ai dit mais c’était un peu différent. Déjà, leur contamination ne peut pas être accidentelle ce qui fait que leur éducation est, en règle général, prise en charge par leur clan. Du coup, tous ceux qui, à l’époque, finissaient par tomber dans nos filets, étaient soit des fugueurs grisés par leurs nouveaux sens/dons – souvent la télépathie – et ayant réussi à échapper à la surveillance de leurs aînés, soit des rescapés d’une guerre de clans rivaux qui aura mal tournée, ce qui arrivait de temps à autres. Dans un cas comme dans l’autre, un vampire trop jeune pour savoir comment se nourrir sans tuer ses victimes n’a rien à faire en liberté, jusque-là, je crois qu’on est tous d’accord.

 

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