Chap 3 : Cohabitation pacifique ? – épisode 4 – Extrait

Quoi qu’il en soit, après cette discussion, je suis allé tout droit voir Alfred, pour lui demander s’il avait eu du nouveau concernant l’enquête. Après tout, en tant que demi-démon sorcier et interrogateur hors pair, s’il y avait bien quelqu’un pour tirer les vers du nez de nos collègues, l’air de rien, c’était bien lui. Surtout qu’il avait ses entrées partout et qu’il les connaissait depuis bien plus longtemps que moi – et pour être franc, je n’aime pas trop les vrais médiums, ils ont cet air, comme s’ils savaient déjà tout de vous sans même vous connaître, qui vous donne l’impression d’être nu comme un ver en face d’eux. Malheureusement, ce que Mme Garand avait dit était vrai, ses enquêteurs pataugeaient complètement dans la choucroute, concernant cette affaire. De ce fait, l’unique information nouvelle qu’il y avait à glaner était la dernière image vue par Mr Roland avant sa mort : un vague rond noir à cheval sur un vague rond blanc. Bien sûr, nos gars n’avaient que faire de cette information, dans la mesure où elle ne leur parlait pas comme à nous. Mais si, souvenez-vous, c’était exactement la forme du fameux et insaisissable talisman astéral, protégeant les secrets des mystérieux et toujours hypothétiques ʺ neuf ʺ. Ben oui, mis à part les piles de cadavres qu’ils laissèrent derrière eux, rien encore ne prouvait qu’il s’agissait bien de neuf personnes, puisque la seule chose dont nous étions certains alors, c’était que neuf de ces talismans avaient été créés.

Evidemment, comme cette nouvelle aurait conforté Caysha dans sa paranoïa à l’égard d’HECATE, j’ai décidé de la passer sous silence, du moins, pour l’instant. Qu’un de ces ʺ neuf ʺ ait pu pénétrer dans nos locaux et assassiner l’un de nos responsables, sous notre nez, était déjà suffisamment flippant pour ne pas, en plus, jeter de l’huile sur le feu avec ma femme. Je l’ai donc laissée s’occuper de ses vampires et j’ai continué mon investigation. Quel pouvait bien être le rapport entre ces assassins et Emile ? Et comment son meurtrier était-il parvenu à déclencher une émeute pour faire diversion ? J’étais sûr qu’il ne s’agissait pas d’un des nôtres, je veux dire, pas quelqu’un d’HECATE. C’est vrai que je n’étais pas agent depuis longtemps mais, honnêtement, je ne voyais pas comment un de mes nouveaux collègues aurait pu orchestrer une telle entreprise dans mon dos. Rendez-vous compte, même si nous étions plus de deux cents employés, rien que dans le bâtiment principal, j’avais littéralement les oreilles qui traînaient partout.

J’entendais même quand la Garand défaisait la fermeture de sa robe pour respirer ou quand le rouquin allait aux toilettes pour essayer de rehausser ses cheveux, afin de camoufler ses petites cornes… Donc vous imaginez ? C’est d’ailleurs principalement pour cette raison que je ne parvenais pas à suivre Caysha aussi loin dans ses délires de complots. Quand j’étais sur place, rien ne m’échappait, pas même les pensées de ceux incapables de les camoufler. De ce fait, même avec un talisman magique, un meurtre doublé d’une mutinerie auraient dû générer des fuites sur mes ondes de radio couloirs. Bref, tout ça pour dire qu’à part la certitude de l’implication du fameux talisman, j’en étais au point mort. J’ai donc décidé de revérifier les vidéos de surveillance de cette triste soirée – on ne sait jamais. On y voyait comment l’un des vampires avait réussit à s’échapper lors de son transfert au labo. Apparemment, le sédatif utilisé n’avait pas été dosé correctement car le mutin s’était réveillé à peine sorti de sa cage. Il avait alors attaqué ses convoyeurs par derrière, pendant que ceux-ci étaient occupés à maintenir les autres locataires de ladite cage à distance, à l’aide de matraques électriques.

En revoyant la scène, il était certain que le petit malin qui avait fait ça, devait avoir ses accès à la pharmacie du labo. Donc, sauf s’il n’avait pas agit seul, avec cet élément, j’aurais dû être en mesure de l’identifier parmi les personnes présentes à cet étage, au moment de l’attaque, mais jusqu’à présent, tous avaient de solides alibis – ce qui me confortait dans l’idée d’un élément extérieur. Puis, après plus d’une heure à repasser la vidéo en boucle, au PC sécurité, David vint m’interrompre car j’étais de nouveau mandé au bureau de la cheftaine. La récréation était finie, ma présence était requise pour une nouvelle crise mais cette fois, dans l’un des centres parisiens de retraitement de nouveaux garous. C’était assez rare que nous ayons à intervenir dans l’un des ces centres mais, comme la nouvelle lune devait avoir lieu le soir même – d’où ma présence au QG et non en vadrouille à Tataouine…  –, je me suis dis que l’imminence d’une de leurs premières nuits sous forme animale les avait peut-être rendus nerveux.

David et moi rejoignîmes donc rapidement les équipes déjà sur les lieux et vu ma capacité à me faire obéir de ces petites bêtes, je fus désigné volontaire pour les neutraliser. Bizarrement,  une fois maîtrisés, aucun d’eux ne fut capable de me dire comment ou pourquoi ils s’étaient transformés plusieurs heures avant la nuit. Je veux dire qu’ils étaient là pour apprendre à gérer leur nouvelle nature mais n’étaient ni maltraités ni même prisonniers, au sens carcéral du terme. Du coup, même si un accident peut toujours arriver, ils étaient censés être suffisamment encadrés pour que la situation reste sous contrôle. Alors qu’à mon arrivée, j’avais une trentaine de garous galopant joyeusement dans les couloirs de ce centre et tout le personnel luttait pour les contenir à l’intérieur du bâtiment. D’ailleurs, eux non plus ne surent pas me dire comment c’était arrivé, tout ce qu’ils savaient c’était à quelle vitesse ils se retrouvèrent débordés. 

Enfin bon, après cette petite préséance de chope-garou – le clou du spectacle avait toujours lieu à la nuit tombée –, je suis vite revenu au QG. En fait, pour boucler mes investigations, il ne me manquait qu’une seule personne à voir : le préparateur qui s’était occupé des sédatifs, le soir de la mutinerie. Il était du soir cette semaine-là, j’ai donc attendu ʺ sagement ʺ qu’il prenne son poste pour aller lui parler. D’après son témoignage aux enquêteurs – et il est très difficile pour un simple humain de mentir à un médium –, il était resté dans son labo tout le temps qu’aura duré la mutinerie et ignorait totalement pourquoi le sédatif qu’il avait préparé n’avait pas eu l’effet escompté. De tous les protagonistes de cette triste affaire, il était le seul que je n’avais pas encore eu le temps d’interroger personnellement. Aux dires de ses collègues, c’était un jeune laborantin de 26 ans, sans histoire. Malgré son jeune âge, c’était un ancien militaire et mis à part qu’il arrivait régulièrement en retard, du fait de son goût prononcé pour les soirées arrosées dans des endroits bruyants, raison pour laquelle on l’avait mis du soir, il n’était pas trop du genre à se faire remarquer. Sachant qu’il n’était pas non plus du genre ponctuel, je ne me suis pas trop inquiété de ne pas le voir arriver, ce soir-là. Mais après plus d’une demi-heure sans nouvelle, j’ai fini par me dire que quelque chose clochait. Je suis donc retourné au service du personnel pour accéder à sa fiche et trouver son adresse.

Ce faisant, j’ai croisé Alfred et David, au détour d’un couloir, et leur ai donc proposés de m’accompagner. Bien sûr, tous deux étaient plus qu’enthousiastes à l’idée de m’aider à retrouver l’assassin d’un collègue de longue date. Le problème fut qu’à notre arrivée, nous eûmes une autre très mauvaise surprise : le gamin apparemment plein de vie et d’entrain, s’était pendu. Il était déjà mort depuis plusieurs heures quand nous le découvrîmes et il avait même laissé une lettre décrivant comment et pourquoi il avait tué Emile Roland. Comme quoi il se sentait harcelé par ce supérieur ingrat et autoritaire, suite à ses retards répétés et à plusieurs erreurs, plus ou moins graves, dans ses préparations. Pour l’avoir un peu connu, je trouvais cette description injuste mais, après tout, je n’étais pas dans le labo H24. Bref, à en croire sa lettre d’adieu/confession, notre jeune assassin s’était donc décidé de l’éliminer par peur d’être renvoyé. Ensuite, après avoir finalement réalisé l’horreur de son acte, la culpabilité l’aurait tenaillé au point de mettre un terme à sa propre vie. Franchement, pour un ancien militaire, c’était le bazar chez lui, comme s’il s’était défoulé sur son mobilier avant de se pendre. Ça sentait aussi très fort le whisky bon marché, ce qui aurait pu corroborer la thèse de la dépression meurtrière/suicidaire. Mais comme cette mise en scène n’expliquait pas pourquoi notre première victime avait eu la vision écliptique de notre fameux talisman astéral, j’étais juste désolé que ce gamin ait été sacrifié pour porter le chapeau de son meurtre.

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