Chap 3 : Cohabitation pacifique ? – épisode 2 – Extrait

Enfin, pour votre information et comme je m’apprêtais à le dire, en fouillant, ma sorcière découvrit notamment que la vocation de nos nouveaux patrons, de réguler le petit monde du paranormal, était en fait, relativement récente. Apparemment, le revirement s’était produit après un changement de direction dans les années cinquante. Avant ça, l’agence ne faisait qu’observer et consigner les faits, n’intervenant qu’en de très rares occasions. Ma détective en herbe se demandait donc ce qui avait pu motiver ce revirement et comme son savoir universel ne parvenait pas à répondre à cette question, elle se mit à imaginer que ça pourrait même avoir un rapport avec nos assassins cantaliens, puisqu’eux aussi échappaient à ses dons – vous voyez où ça mène la frustration ? Pour être franc, je ne comprenais pas non plus l’engouement d’HECATE pour le fichage systématique des créatures surnaturelles, spécialement quand celles-ci ne représentaient pas un danger pour le monde humain.

Et encore, le fichage c’était dans le meilleur des cas puisque très vite, on se mit à enfermer de plus en plus de monde. Si bien qu’on commença même à saturer nos centres d’internements. C’était particulièrement préoccupant aux abords des grandes agglomérations, parce que nous avions besoin desdits centres pour que les garous puissent passer leurs nuits de pleines et nouvelles lunes, dans un endroit sécurisé. Après tout, c’est nous qui leur imposions de s’y rendre donc, s’ils ne pouvaient même plus y séjourner, faute de place, à quoi bon ? Par ailleurs, en plus des manifestations paranormales qui se mélangeaient désormais à l’actualité de notre bon vieux monde humain, la tendance de celui-ci à être régulièrement en proie à des bouleversements géopolitiques et ou débordements post-catastrophes naturelles, commença aussi à s’aggraver graduellement. Eh oui, en ce temps-là, la météo se déchaînait toujours plus d’année en année, frappant indifféremment les grandes puissances et les petits états. Et en ce premier trimestre 2018, l’impact économique des catastrophes naturelles mondiales était déjà au même point que le triste record de 2011, à la même période. Pourtant, 2011 avait été marqué par le séisme qui avait détruit la centrale de Fukushima, au Japon, donc imaginez la quantité de ʺ moindres ʺ catastrophes qui sont advenues en à peine trois mois, pour que 2018 rivalise avec ce score. A croire que la gestion irresponsable des ressources naturelles, continue sur plusieurs générations, malgré les alertes des communautés scientifiques, commençait à se faire sérieusement sentir et à différents niveaux, même si le bilan humain restait encore dans la limite des années précédentes.

Comme d’habitude, il y en avait pour tous les goûts, cyclones à répétition, inondations, sécheresses, famines… Heureusement, notre planète en garda un peu pour le dessert, nous épargnant ses séismes destructeurs et son volcanisme dévastateur encore quelques mois – après tout on n’était que mi-mars. Mais vous l’aurez compris, mes nouveaux compagnons et moi dûmes parfois intervenir dans des zones particulièrement sensibles, en faisant abstraction – ou du moins en essayant – de la misère/corruption/criminalité locale, même si celles-ci avaient de graves répercussions sur les populations. Honnêtement, j’en étais malade mais je ne pouvais simplement pas m’amuser à jouer les Superman partout où j’allais. Je m’astreignais donc à suivre mes ordres et à apporter mon aide quand je le pouvais, à la manière des associations humanitaires. En plus, je n’étais souvent sur place que quelques heures donc même si j’empêchais le massacre d’un village, par des pilleurs ou des fanatiques soi-disant religieux, rien ne garantissait que d’autres ne viendraient pas une fois le champ libre. En fait, c’était comme si à l’approche du 18 juin, notre monde en entier commençait à devenir dingue.

Non vraiment, en  très peu de temps, il commença à y en avoir de toutes parts : guerres de religions ou d’opinions, massacres revendiqués ou non – parfois totalement inexpliqués –, suicides collectifs – même d’animaux –, disparitions subites de populations entières – magiques ou non –, ingérence maladroite de pays développés dans les affaires d’états plus modestes, provoquant des conflits armés et des attentats… Ajoutez à cela la météo et les téléportations spontanées d’éléments étrangers, qui commencèrent par les fameuses chauves-souris indiennes à Paris et qui allèrent jusqu’à une station service texane tout entière, apparaissant en plein milieu de Piccadilly, à Londres, une semaine après mon retour d’Afrique de l’Est, et vous comprendrez que la situation dégénérait rapidement. En ce qui concernait les téléportations, Caysha et ses collègues scientifico-magiciens penchaient pour un ou plusieurs sorciers très puissants, cherchant à faire diversion. Mais de quoi voulaient-ils détourner notre attention, ça, ça restait un mystère. Du coup, comme à chaque fois qu’elle butait sur une question sans réponse, ma sorcière impliquait virtuellement nos assassins cantaliens – qu’elle se mit même à surnommer ʺ les neuf ʺ –, comme s’ils étaient responsables de tous les événements plus ou moins bizarres qui s’enchaînaient.

Ils devinrent une sorte de ʺ Rollo Tomasi ʺ pour elle et un leitmotiv pour ne pas toujours se consacrer à ce qu’on lui demandait, quand on le lui demandait. Même dans son labo, elle était bien la seule à encore se préoccuper de cette histoire car, pour tout vous dire, ses collègues étaient plus occupés à suivre leurs ordres qu’à faire du zèle mal placé – elle remettait constamment en question la politique de l’agence et s’opposait régulièrement à sa hiérarchie. Néanmoins, elle restait la plus compétente et rapide analyste/bricoleuse magique de génie qu’ils n’aient jamais eu donc, Mr Roland eut tendance à fermer les yeux sur ses insubordinations constantes – mais pas la blonde fatale qui l’avait dans son collimateur. De mon côté, je n’avais ni le temps ni le luxe de jouer à ça. Comme je l’ai dit, j’étais constamment par monts et par vaux et très franchement, je commençais à me demander pourquoi ma pimousse continuait de perdre son temps sur ces questions alors que le monde était en train de partir à vau-l’eau. Pour ne rien arranger, au milieu de la troisième semaine de mars, je fus appelé en urgence pour circonscrire une émeute de garous, dans un coin perdu du désert australien. Bien que la nouvelle lune fût déjà passée depuis trois jours, ils s’étaient montés les uns contre les autres, suite à un problème de place dans un de leurs centres d’hébergement, situé en plein désert. Les plus pauvres – principalement des dingo-garous – ayant pour habitude d’y séjourner plusieurs jours, en raison de la distance à parcourir pour rentrer chez eux.

Et c’est donc dans la pagaille la plus totale – ben oui, le temps d’arriver, quoi –, que j’y ai retrouvé ma petite demi-sœur, Scylla. Elle suivait des études d’ingénierie en génie environnemental, à l’Université Technologique de Sydney, et s’était accordée une soirée pour venir assister à un concert, justement organisé là où les décibels de Heavy Metal ne dérangeaient personne. Seulement, le centre des garous ne se trouvait qu’à cinq kilomètres de là. Du coup, avec le bruit, nos bestioles énervées et par conséquent, transformées, cessèrent de s’entre-attaquer pour courir vers toute cette chair fraîche, amatrice de musique forte. J’ai donc découvert ma sœur au milieu d’un groupe de gens, cernés par nos grosses bestioles agressives. Pour une fois, ce fut assez simple de rétablir la situation, mon don pour contrôler les esprits faibles fonctionnant à merveille sur les garous – spécialement sous leur forme animale –, surtout qu’ils étaient presque tous regroupés au même endroit. J’en ai donc fait de gentilles bêbêtes dociles, avant de m’occuper des blessés, avec mes collègues. Scylla avait une morsure de dingo énorme au bras gauche mais la première question qu’elle me posa fut : ʺ qu’est-ce que tu fous ici ? ʺ Bon, comme c’était ma petite sœur, j’ai utilisé mon influence pour la rapatrier à Paris et la faire soigner près de nous. J’en ai aussi profité pour renouer le contact car, du fait de nos activités respectives, nous ne nous parlions plus beaucoup – j’avais déjà du mal à voir la famille habitant à côté de chez moi…

 

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