Chap 3 : Cohabitation pacifique ? – épisode 1 – Extrait

La première semaine du mois de mars continua sur les chapeaux de roues. Le durcissement de la politique de recensement d’HECATE obligeant même chacune de ses équipes à enchaîner jusqu’à trois missions par jour – on était si ʺ efficaces ʺ en même temps… Comme si les huiles voulaient absolument combler tous les blancs de leur cher bestiaire avant le 18 juin. Surtout qu’en contrecoup, comme je l’ai dit, nos créatures surnaturelles prirent des mesures pour nous compliquer la tâche. Nous vîmes donc une recrudescence de faits étranges, comme la téléportation apparemment spontanée d’une nuée de chauves-souris indiennes en plein milieu du ciel parisien ou des disparitions publiques, de plus en plus fréquentes, et parfois, à grande échelle. Heureusement, la plupart ont eu lieu dans des coins paumés et avec peu de témoins mais on a quand même commencé à voir des villages entiers s’évaporer dans la nature, sans laisser la moindre trace – vous comprenez donc pourquoi nos 18 victimes cantaliennes passèrent au second plan. Bon, du fait de l’actualité humaine, elle aussi, de plus en plus mouvementée, un certain nombre de ces bizarreries furent revendiquées ou mises au crédit de groupes armés, terroristes, intégristes religieux et j’en passe – la liste est tellement longue, en même temps… Mais même si tout ça commença petit – avec les chiroptères géants – la situation dégénéra assez vite, comme si quelqu’un ou quelque chose prenait un malin plaisir à nous pourrir la situation.

En plus, suite à notre défaut de résultat dans le Cantal, Caysha découvrit peu après notre retour qu’elle n’était plus affectée aux missions terrain. En fait, à moins que sa présence ne soit absolument requise auprès de nous, ma pimousse allait donc, désormais, devoir rester entre quatre murs et aider les scientifiques sous les ordres de Mr Roland. Le but de son nouveau travail allait être on ne peut plus simple : analyser tous les rapports de missions et mettre au point de nouvelles techniques/gadgets afin d’aider les agents de terrain à dénicher les rares espèces qui échappaient encore au contrôle de l’agence. Compte-tenu de son opinion sur le sujet, je vous laisse imaginer avec quel ʺ enthousiasme ʺ elle prit sa nouvelle affectation… Honnêtement, je ne vais pas vous mentir, rester dans les labos plutôt que de courir le dahu l’arrangeait puisque ça allait lui donner encore plus d’occasions de piquer du matériel et poursuivre ses propres recherches, incognito. Mais nous comprîmes aussi très vite qu’il s’agissait avant tout de la mettre sous haute surveillance et de nous séparer, au moins pour quelques heures par jour. C’est un peu vexant à reconnaître mais je crois bien qu’ils avaient beaucoup plus peur de ma femme et de ses réactions, que de moi – sur ce point, je ne vais pas leur donner tort…

De mon côté, j’eus également une sorte de promotion puisque, très vite, je ne fus plus cantonné qu’à la France. Eh oui, vu ma capacité à parler plusieurs langues, mes dons de pisteur commencèrent à être employés par monts et par vaux, bien au-delà des frontières de l’hexagone. Au moindre prétexte, on commença à m’envoyer seconder des équipes aux quatre coins du globe et par ce biais, j’ai vite pu constater qu’HECATE avait à peu près les mêmes méthodes partout. Dans mes déplacements, j’étais souvent accompagné soit par David, soit par Alfred, ça dépendait de la nature de la bestiole chassée – sous-entendu, s’il s’agissait d’une créature à pouvoirs magiques, j’y allais plus avec le cornu. Et lors des interventions musclées, je faisais mon possible pour limiter la casse, gardant en tête que nous chassions des êtres vivants – ou non d’ailleurs, mais des êtres quand même – et non de simples nuisibles. Par exemple, j’étais bien le seul sur le terrain à me montrer compatissant envers les vampires et quiconque a déjà connu un de ces hématophages sait que ce n’est pas toujours évident car ils ne vous facilitent pas vraiment la tâche. Mais bon, en dehors d’eux, j’ai chassé toutes sortes de créatures de légendes, des démons animaux en Asie centrale – exactement comme les démons anthropomorphes mais en version animale et démesurément grands – aux elfes, en Amazonie – comme ceux des livres pour enfants à l’exception du fait qu’ils plafonnent tous à 1m20 et qu’ils sont particulièrement farouches –, en passant par des trolls des cavernes australiennes – à mi-chemin entre un gorille et un yéti mais totalement imberbes et particulièrement laids –, des ermites de montagne, au Japon – des arbustes ambulants…

En fait, pour être honnête, tous ces gens ne représentaient pas forcément une menace pour la population humaine locale. Toutefois, comme je l’ai dit, nos nouveaux patrons avaient entrepris de recenser tout le monde magique donc, si mes proies se laissaient faire, ça se limitait à une prise de sang, quelques questions et à un sourire à la caméra et sinon, ça finissait par un séjour au centre de retraitement le plus proche. Ma première mission de ce genre me fut même confiée deux jours après être rentré du Cantal et ensuite, je les ai simplement enchaînées. Il faut dire aussi, j’étais si efficace que j’étais rarement absent plus d’un ou deux jours, voire quelques heures, dans le meilleur des cas – j’avais le droit d’utiliser le jet de l’agence. Et les rares fois où j’eus besoin de Caysha pour m’aider à dénicher ma proie, elle supervisa mon intervention depuis le QG parisien. Par contre, autant ça m’amusait de parcourir le monde, autant je détestais la savoir seule – et de son côté, elle n’aimait pas non plus me savoir loin.

Du coup, dès ma troisième mission à ʺ Tataouine les Oies ʺ – pour info, cet endroit n’existe pas –, elle développa un petit tour de passe-passe : la projection astrale. Comme notre lien télépathique dépassait les frontières mais ne parvenait pas encore à soutenir plusieurs milliers de kilomètres, elle mit au point une autre technique de communication, bien plus pratique, qui consistait à projeter son esprit à travers l’espace temps, pour qu’il m’apparaisse et me parle, quelque soit la distance. A Paris, c’était comme si elle dormait et de mon point de vue, c’était comme si je voyais son fantôme. Bien sûr, ça pouvait se limiter à entendre sa voix dans ma tête mais comme son esprit me voyait, elle me permit de voir le sien aussi, comme si nous transcendions les distances qui nous séparaient physiquement. L’autre avantage, c’était que si j’avais besoin d’un éclaireur pour une mission, elle pouvait jouer ce rôle sans risquer ses petites fesses, toujours au chaud à Paris. Mais comme c’était aussi très fatigant, la plupart du temps, nous limitâmes cette technique à un usage strictement personnel. Je ne vous le cacherai pas, malgré ce nouveau tour, c’était extrêmement frustrant d’être séparé de ma femme. D’autant plus que notre ʺ chère ʺ Véronika Garand, non contente de me coller toutes les missions qui passaient à sa portée, était loin de dissimuler le plaisir qu’elle prenait à m’expédier à perpette. Pour vous donner une idée, je me suis même retrouvé en support d’équipes russes, en pleine toundra sibérienne – un différend entre un clan de rennes-garous et un autre de lycans –, alors que ma présence était loin d’être nécessaire et ce, avant même la fin de la première semaine de mars.

Bref, j’avais beau essayer de ne pas rester éloigné de Caysha trop longtemps, de peur qu’un opportuniste ne lui tourne autour – elle savait se défendre mais quand même, il y avait de drôles de zozos là-bas –, j’étais constamment renvoyé en vadrouille, à peine rentré. Pour tout vous dire, durant mes quatre premiers jours à jouer les tours-opérateurs pour touristes démoniaques, j’ai visité six pays différents et n’ai pu voir ma femme qu’à peine une demi-dizaine d’heures, à tout casser. Ça me mina à un point, vous ne pouvez pas vous imaginer, surtout que ce n’était que le début. Et ça, c’est sans même parler de nos proches ! Heureusement, ma pimousse passa les soirs où j’étais en déplacement chez son jumeau, Fred, sa mère ou même Georgie, sa meilleure amie, plutôt que de rester seule à la maison ou dans son nouveau labo, à HECATE – personnellement, je préférais la savoir avec la famille. Bien sûr, plus mes missions s’enchaînaient avec succès, plus elles duraient longtemps, si bien qu’à force de tirer sur la corde qui nous tenait éloignés l’un de l’autre, il arriva ce qu’il devait arriver.

Vous vous rappelez quand je vous ai dit que ma sorcière et moi ignorions encore tout des tenants et aboutissants de notre complémentarité ? Eh bien, nous le payâmes au prix fort et dès la seconde semaine de mars. En effet, en ce Mardi 13, j’ai été envoyé en Afrique de l’Est pour capturer un couple de démons lions, qu’il me fallait ensuite convoyer jusqu’à notre centre local – oui, un lion géant c’est magnifique et non, c’est pas gentil du tout. Comme David connaissait le terrain, c’est lui qui m’accompagna mais compte-tenu de la nature de nos proies, les agents locaux qui nous secondèrent étaient presque tous magiciens. D’ailleurs, grâce à un effort collectif, la traque et la capture, en plein territoire Massaï, ne prirent que quelques heures. Nous fîmes d’abord une battue pour attirer nos fauves dans un cercle magique duquel ils ne pouvaient s’enfuir – c’était la première fois que j’en voyais un aussi grand et surtout, dessiné avec de la poudre enflammée –, puis je les ai combattus, protégé de leur magie démoniaque par tous mes compagnons sorciers. Et honnêtement, je fus si bien protégé qu’après un bon coup sur la cafetière à chacun, s’en était fini de nos gros chats – c’est allé tellement vite que c’en fut presque frustrant. 

Ensuite, une fois nos fauves à l’abri dans de toutes nouvelles cages, elles aussi renforcées magiquement, nous devions les conduire dans un centre d’internement situé en pleine cambrousse, à 250 km de là. Je les y aurais bien emmenés avec le jet mais nos amis étaient vraiment trop remuants – c’est sûr, des chats pesant trois quarts de tonne, longs de trois mètres et demi et vous crachant du napalm au visage, ce n’est pas le genre de chose qu’on transporte dans un engin volant pressurisé. De ce fait, nous dûmes y aller par la route et le trajet en convoi était donc parti pour durer cinq jours entiers – pff, tout ça pour éviter de croiser des civils en chemin… Bref, depuis notre éveil d’éternel, c’était la toute première fois que je me retrouvais séparé de Caysha aussi longtemps et croyez-moi, j’aurais préféré que ça se passe autrement. En plus du reste, il ne fallait pas oublier que ce n’était pas des animaux mais des démons que nous transportions. Ce qui veut dire qu’ils étaient probablement vieux – donc puissants –, magiciens, extrêmement malins et capables de tout comprendre de ce que vous dites, voire même, s’ils sont d’humeur, de communiquer avec vous par télépathie. Et comme ils se nourrissaient de l’énergie de la peur qu’ils inspiraient aux autres créatures, je n’avais aucun pouvoir de contrôle sur eux – sans compter qu’avec la trouille qu’ils donnaient à mes collègues, ils avaient de quoi être rassasiés pendant dix ans. D’un autre côté, leurs cages n’étaient pas seulement étudiées pour les contenir mais également pour brider leur magie, donc sur ce point, nous étions supposément tranquilles.

Quoi qu’il en soit, en chemin, j’ai vite commencé à me sentir mal à l’aise, comme nerveux – très nerveux. Au début, j’ai simplement mis ça sur le compte de la chaleur étouffante et du manque d’humidité mais en vérité, plus le temps passait, plus je transpirais à grosses gouttes et présentais des signes d’irritabilité – moi qui suis si calme d’habitude.

 

Voix flottante de Caysha : ʺ Non mais ce qui faut pas entendre ! T’es calme juste quand t’as pas faim, quand t’as pas sommeil ou quand t’as pas ton quart d’heure de folie. Donc, si je compte bien, environ une demi-heure par jour. ʺ  

Voix de Vinsen : ʺ Non, quand je dors ou quand t’es près de moi, aussi. ʺ

Voix flottante de Caysha : ʺ Oui, si les trois premières conditions sont réunies… ʺ

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