Chimères

La saga des éternels

Chap 2 : Humilité – épisode 6 – Extrait

Le grand soir était prévu trois jours après l’arrivée de ma femme et son frère dans les rangs rebelles. Conformément aux ordres de Luc, dès que nos jumeaux en eurent terminé avec leurs cours d’ingénierie, ils s’en retournèrent sur Ouranos, soit, juste avant le début des hostilités. Nous étions allés au bout de ce que nous nous étions fixés comme limite et c’était désormais aux ʺ caméléons ʺ de décider seuls de leur avenir. A partir de là, nous aurions donc dû tranquillement finir de recharger nos batteries, éventuellement en étudiant le reste de ce système, mais comme nous étions trop curieux, nous ne pûmes nous empêcher de regarder ce qui allait se passer, depuis notre vaisseau. D’ailleurs, notre petite équipe n’était pas la seule à jouer les voyeurs, pratiquement tout notre équipage délaissa ses tâches du jour pour ne pas manquer une miette de cette nuit-là, retransmise grâce à nos sondes invisibles, laissées sur place. Après tout, les ouranautes avaient suivi chaque étape de notre intervention et presque tous voulaient savoir comment cette histoire se finirait. Les rebelles allaient-ils parvenir à leurs fins ? Les royalistes allaient-ils réussir à conserver le pouvoir ? Toutes ces questions nous taraudaient, comme tout bon suspens insoutenable. C’était limite si nous n’avions pas oublié qu’il ne s’agissait pas là d’une série TV, mais de vrais gens luttant bec et ongle pour leur avenir.

Les incendies débutèrent en toute fin de soirée, par une nuit plutôt froide pour cette saison, et en plein milieu du repas des forces royales donc, avant qu’ils puissent prendre leur dose quotidienne de potion à courage – et à obéissance. Comme prévu, toutes furent mobilisées pour circonscrire les différents foyers d’incendies, essayant de sauver ce qui restait des intérêts du trône. Les pauvres démontraient déjà des signes de confusion dans leurs manœuvres, preuve que le manque de psychotropes allait vite poser problème, surtout chez les plus anciens, accoutumé à leur dose. Et donc, pendant que le gros des troupes royales était occupé ailleurs, plusieurs factions rebelles dévalisèrent leurs installations, presque désertées, puis, se faisant passer elles, arborant leurs équipements et uniformes, parvinrent à pénétrer dans le palais lui-même, où ils se livrèrent à une partie de chasse à l’aristocrate. Bien sûr, comme toutes les infrastructures du pouvoir étaient gangrénées par leurs agents et ce, depuis des mois voire des années, ils n’eurent aucun mal à mener leur assaut à bien. Ils avaient juste omis un détail d’importance, qui fit toute la différence. En effet, entre les feux et les attaques, le stress aidant, les pauvres soldats royaux se retrouvèrent vite débordés et commencèrent donc à violemment ressentir les effets du manque d’une manière que personne, en dehors de leurs employeurs, n’aurait pu anticiper.

Ben oui, depuis le temps qu’ils droguaient leurs armées, les royalistes savaient précisément à quoi s’attendre si ces dernières se retrouvaient à livrer bataille à jeun. Mais nos rebelles, eux, n’étant pas dans la confidence de ce qui s’est avéré être l’un des secrets d’état les mieux gardés de leurs adversaires, ils furent plus que surpris de découvrir la réalité derrière la propagande. En fait, sur les plus jeunes recrues, le manque provoquait effectivement des hallucinations puissantes, basées sur leurs peurs irrationnelles, et induisant des états de prostration ou des réflexes de fuite. En revanche, sur les plus anciennes, ça allait du simple comportement erratique, aux accès de violence aveugle, les plus destructeurs. Comme si le manque de psychotrope avait transformé tous ces soldats en schizophrènes paranoïaques violents, aux symptômes d’autant plus graves qu’ils étaient drogués depuis longtemps. En conséquence, une fois passées les désertions prévues, concernant heureusement la majorité des troupes royales, les rebelles durent affronter ce qu’il en restait, à savoir les fous, qu’il a donc fallu neutraliser parce qu’ils s’en prenaient frénétiquement et indifféremment à la fois à leurs supérieurs et à la population.

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