Chap 2 : Des élèves doués – épisode 5 – Extrait

A ladite morgue – à vingt cinq kilomètres –, le rouquin prétexta qu’un document manquait au rapport d’autopsie, pour que la petite dame en permanence de nuit les laisse seuls, ma pimousse et lui, avec le cadavre. C’est alors que Caysha eut droit à quelques révélations intéressantes – ou pas –, mais jugez plutôt :

Alfred : ʺ Tu devrais lui demander ce qu’il a vu avant de mourir. ʺ

Caysha – signant lentement pour qu’il comprenne bien : ʺ Je ne peux pas ramener les morts, juste parler avec les spectres qui sont encore ici-bas. ʺ

Alfred : ʺ Caysha, arrête de me mentir. Je sais parfaitement de quoi tu es capable avec les morts. Comme je sais aussi que ta télépathie ne se limite pas à Vinsen. Tu es ʺ la Reine nocturne au savoir universel ʺ. ʺ

Cette déclaration eut l’effet d’un coup de fouet dans nos deux têtes, ma sorcière s’arrangeant toujours pour me laisser entendre les conversations importantes, par télépathie, quand je n’étais pas présent – et oui même à 25 km l’un de l’autre, on était toujours connecté. Et comme elle ne faisait pas confiance au cornu, je peux vous dire qu’elle garda bien le contact tout le temps qu’elle resta seule avec lui.

Caysha – faisant entendre sa voix flottante : ʺ Depuis combien de temps ? Et qui d’autre… ? ʺ

Alfred : ʺ Depuis le début. Pour l’instant, il n’y a que moi. J’ai préféré attendre que David ne soit pas dans le coin pour mettre les choses au clair. ʺ

Caysha : ʺ Tu as eu des dizaines d’occasions alors pourquoi maintenant ? ʺ

Alfred : ʺ Car la situation s’y prête. ʺ

Après quelques secondes de réflexion, Caysha ʺ zombifia ʺ le jeune homme noir qui ne devait pas avoir plus de vingt ans, pour qu’il leur raconte ses dernières heures.

Le mort : ʺ Oui ma Reine, demandez, je vous répondrai. ʺ

Caysha : ʺ Qui t’as tué ? Que faisaient-ils dans la grotte. ʺ

Le mort : ʺ Tout ce dont je me souviens, ma Reine, c’est que j’ai été entraîné dans le sol par une racine et qu’après plusieurs minutes sous terre, j’ai été éjecté dans une grotte, éclairée par les restes d’une torche. Là, la même racine m’a rattrapé au vol et m’a transpercé la poitrine, avant de me reposer au sol, contre la paroi. Il y avait aussi un homme aux yeux très bleus et brillants. Il s’est même excusé de me prendre ma vie. Après ça, je suis arrivé ici et je vous ai vu. ʺ

Caysha : ʺ Cet homme, peux-tu me le décrire plus précisément ? Es-tu sûr qu’il était seul ? ʺ

Le mort : ʺ Il faisait trop sombre, je n’ai vu que ses yeux. J’ai bien cru voir des ombres bouger derrière lui mais je n’en suis pas sûr. ʺ

Caysha : ʺ Merci, repose en paix. ʺ

Alfred : ʺ Impressionnant ! ʺ

Caysha : ʺ Et t’en dis quoi, toi ? ʺ

Alfred : ʺ J’en dis qu’on devrait rentrer à l’hôtel, il se fait tard et on a du chemin à faire, tôt demain matin. ʺ

Caysha : ʺ Et concernant ce que tu n’étais pas censé savoir sur moi ? ʺ

Alfred : ʺ T’inquiète, on a encore du temps pour ça… ʺ

Vous l’aurez compris, le cornu en savait beaucoup sur nous et visiblement ça l’amusait de nous faire bisquer. Malheureusement pour lui, ma ninjette et moi sommes du genre tenace donc vous pensez bien que ce n’était que partie remise. Surtout qu’il parvenait à déjouer le savoir universel de ma pimousse et rien que ça, déjà, ça avait le don de l’énerver. Enfin bon, sur ce, nos sorciers nous rejoignirent, David et moi, à l’hôtel. Bien sûr, Alfred évita de dire précisément comment ma femme et lui avaient obtenu les informations sur l’homme aux yeux bleus, se contentant simplement de nous répéter ce qu’ils avaient découvert, en prétextant un tour de passe-passe. Puis, une fois elle et moi seuls dans notre chambre :

Moi : ʺ C’est très ennuyeux tout ça. A ton avis, que sait Alfred exactement ? ʺ

Caysha : ʺ Beaucoup trop à mon goût. Mais les vraies questions sont : comment se fait-il que je ne parvienne pas à déterminer ce qu’il sait avec mon savoir universel, et surtout, pourquoi maintenant ? ʺ

Moi : ʺ Comme avec Mme Garand, en fait. Pas moyen de lire leurs pensées ou de savoir ce qu’ils savent… ʺ

Caysha : ʺ La blonde ? Elle parvient peut-être à bloquer ses pensées mais en ce qui nous concerne, je peux déjà t’affirmer qu’elle n’a que des assomptions, en dehors de ce qu’on a bien voulu lui révéler. Je fais régulièrement le bilan de ce qu’elle sait sur nous avec mon savoir universel et ça se résume, à peu de choses près, à ce que tout le monde sait déjà. ʺ

Moi : ʺ Ouais ben mon charme de ʺ Jedi persuasif ʺ ne fonctionne absolument pas sur elle et ça m’énerve parce que j’aimerai bien savoir ce qui se cache derrière ce décolleté plongeant… Euh, hum, je veux dire, savoir ce qu’elle a en tête… ʺ

Caysha : ʺ … Une chose est sûre, elle ne représente pas un danger immédiat et l’ordre de nous envoyer ici venait de plus haut. Je n’arrive pas à savoir qui ni pourquoi mais je finirai bien par le découvrir. Bref… Pour en revenir à Alfred, avec la révélation d’aujourd’hui, il devient urgent de te protéger de ses pouvoirs. J’ai trouvé un moyen plus durable qu’un simple sort de protection mais je voulais le perfectionner un peu avant de te le donner. Tant pis, on essaie et on verra bien. ʺ

Moi : ʺ T’as peur que ce ne soit pas efficace. ʺ

Caysha : ʺ Non, j’ai peur que ça ne se retourne contre nous. ʺ

Sur ces mots, elle me dessina un tatouage avec son eyeliner noir – un cercle autour d’un machin ressemblant vaguement à une triskèle bretonne –, derrière mon épaule gauche, et tout en fermant les yeux, elle le grava dans ma peau d’un claquement de doigt magique. J’avoue, ça piqua un peu mais comme c’était censé me prémunir de toute tentative d’immobilisation magique, quelque soit le sort utilisé, j’ai encaissé en silence – enfin presque. En fait, avec cette protection, aucun sorcier ne serait plus en mesure de m’arrêter, pas même elle, à moins de rompre cette protection au préalable. Bon, honnêtement, après ça, je dois admettre que je n’ai pas beaucoup dormi. On était assez nerveux tous les deux et pour tout vous dire, comme je ne voulais pas la laisser ruminer sa discussion avec Alfred toute la nuit, je me suis donc fait un ʺ devoir ʺ de la distraire avec une autre activité…

Ce qui fait qu’au petit matin, j’avais ʺ un peu ʺ la tête dans le coton. Mais ce ne fut pas très grave puisqu’après trois cafés, je fus assez réveillé pour suivre Pasquier, sur les lieux du crime. Par contre, autant nous descendîmes tous les quatre dans la crevasse, autant lui, insista pour rester à la surface. Alfred et Caysha eurent la même réaction qu’en voyant les photos. Cette écriture sur les murs ne leur était pas inconnue et l’ambiance qui régnait dans ce trou en disait encore plus long. Ils déterminèrent rapidement qu’il s’agissait en fait d’un rituel magique très puissant, utilisant une écriture primitive dérivée de l’énochien – le langage des anges. Les inscriptions et les fragments de cristaux de roches volcaniques au sol – très répandus dans cette région –, leur indiquèrent également qu’il s’agissait là des restes d’une séance de fabrication de talismans. Les dix huit victimes ayant donné leur vie pour que des sorciers élaborent neuf protections magiques. Malheureusement, même avec le savoir universel de ma pimousse, il ne restait pas assez d’indices pour déterminer précisément les propriétés desdits talismans. Nous avions donc le nombre mais il nous restait à découvrir qui avait commandé ces protections et surtout pourquoi.

Malheureusement sur ces points, nous ne pouvions que spéculer car même par élimination, ce genre de cérémonies pouvait aussi bien servir à fabriquer un porte-bonheur ultra puissant, qu’une pierre d’invisibilité. Et deux morts par talisman rend celui-ci extrêmement puissant donc, quelque soit le but final de ce massacre, ça n’annonçait rien de bon. En fait, pour déterminer précisément le type de protection créé, il faut prendre en compte tous les ingrédients et ici, mis à part les corps, les écritures et les morceaux de cristaux, nous n’avions rien de vraiment exploitable pour affiner nos déductions. Nous n’étions donc sûrs que d’une chose : qui que soient les responsables, ils en avaient fini ici et n’allaient donc plus menacer la population locale – maigre consolation. Par contre, bien que les faits remontassent à plus d’une semaine, de mon côté, je fus en mesure de reconnaître toutes les odeurs présentes en ces lieux. Du coup, si je venais à rencontrer quelqu’un qui avait été là, lors de cette cérémonie, je saurais le reconnaître. J’aurais même pu essayer de pister les déplacements de notre gars aux yeux bleus mais pour ça, il me fallait être très, très concentré – surtout en pleine forêt. Donc, impossible avec nos ʺ jumelles démoniaques ʺ sur le dos – a fortiori considérant la nuit que je venais de passer.

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