Chap 2 : Des élèves doués – épisode 3 – Extrait

Il ne nous restait donc plus qu’à appeler le bus – c’est comme ça qu’on surnommait le véhicule de transport de prisonniers surnaturels – pour qu’il vienne en disposer. Très franchement, sur ce coup, nos super-soldats s’en sortirent plutôt bien puisque nous ne déplorâmes que quelques jolies morsures et une belle frayeur. Mais il fallut quand même donner des antibiotiques à Katsuhiro, histoire de le prémunir contre toute infection potentielle – après tout, on ignorait qui la mamie aux dents longues avait mangé avant… En revanche, pour les autres, comme ils étaient soit garou soit trolls d’égouts, ce n’était pas nécessaire, leur système immunitaire étant vraiment très performant – spécialement celui des garous. Pour en revenir auxdits renforts, quand je vis arriver le fameux bus, je ne m’attendais pas à ça. C’était littéralement le véhicule le plus gros et le plus blindé que j’avais jamais vu. Il avait la taille d’un bus municipal mais disposait de cages individuelles sur le côté droit de sa remorque et d’une longue cage collective sur son côté gauche – bien sûr, le tout sans fenêtre. Et ils n’étaient que deux pour le conduire, nous dûmes donc leur donner un coup de main pour entasser tous nos anesthésiés dans ladite cage collective. Heureusement, ils avaient prévu des sacs opaques pour les remonter parce que sinon, on aurait perdu notre ʺ chargement ʺ à peine celui-ci sorti du repère. Ensuite, nous montâmes tous à bord de notre van et nous suivîmes le bus jusqu’au quartier général.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, c’est au retour que cette mission devint la plus ʺ HECATEment ʺ instructive – oui parce que la chasse aux vampires, ce n’est pas vraiment un exploit en soi… En effet, avant d’être prises en charge par les centres de réinsertion, nous découvrîmes que les créatures étaient parquées dans des cellules, au niveau -8 du bâtiment principal. Ces confinements n’étaient pas comme ceux que nous avions eu le ʺ plaisir ʺ de tester, Caysha et moi. En fait, ce n’était ni plus ni moins que des cages de neuf mètres carrés, dans lesquelles nos agents entassaient un grand nombre de bestioles de toutes sortes – ils les séparaient par genre sauf quand ils n’avaient plus de place. Et avant tout transfert, ces pensionnaires forcés avaient droit à un bilan médical complet, sous prétexte de mettre à jour les bases de données du groupe et le recensement qui en résultait. Vous l’aurez compris, c’est lors de cette expérience que nous réalisâmes que nos nouveaux patrons n’étaient pas si humains que ça dans la ʺ gestion ʺ de ceux qu’ils qualifiaient volontiers de monstres. De ce fait, j’avoue que, de notre côté, ça nous a un peu refroidis de constater que nous avions été recrutés principalement pour pratiquer des rafles systématiques d’une certaine catégorie de gens, sans que personne ne se soucie si les gens en question y survivaient ou pas. Surtout que c’était dans le but avoué de les ficher et d’en faire de ʺ bons citoyens ʺ, au sens ʺ HECATÉen ʺ du terme – un ʺ chouia ʺ trop totalitaire pour nous, là, quand même.

Sinon, en dehors de ça, il y avait au moins deux points positifs à retenir de cette histoire. Caysha pouvait désormais se téléporter elle-même sur cinq cent mètres alors qu’avant ce jour, son record était une medecine-ball de quarante kilos sur trois cent – ça a parfois du bon la panique… Et nous comprîmes enfin pourquoi elle ne dormait et ne mangeait presque plus – j’en fus tellement soulagé, vous ne pouvez pas vous imaginer –, même si nous ignorions encore tous les tenants et aboutissants de sa nouvelle nutrition – y compris en ce qui me concerne. Par contre, pour nos quatre super-commandos, la note fut plus dure à encaisser. Ben oui, comme nous les avions sauvés en plus de les avoir battus, ils furent retirés du service actif et eurent droit à un stage de convalescence suivi d’un autre de renforcement. Par conséquent, devinez donc qui allait les remplacer sur le terrain ? C’est simple, une nouvelle équipe toute récemment formée : les instructeurs Alfred et David, accompagnés des meilleurs élèves qu’ils avaient jamais eus, nous. En fait, les huiles furent si impressionnées par notre performance qu’elles nous gratifièrent d’une accréditation, près d’une semaine avant la fin officielle de notre formation. Bon, je ne vous le cacherai pas, si elles renvoyèrent nos coachs sur le terrain avec nous, c’est qu’elles avaient de très sérieux doutes sur notre loyauté et qu’elles tenaient absolument à nous garder à l’œil – vive la confiance…

Quoi qu’il en soit, ce fût donc après ce rattrapage in-extrémis de mission que les choses sérieuses commencèrent vraiment pour ma pimousse et moi, au sein de cette organisation. Officiellement, nous étions toujours en période probatoire mais nos chaperons – les gars qui nous suivaient partout, hein, pas nos ʺ mentors ʺ – devinrent presque immédiatement plus confiants et un petit peu plus laxistes avec nous. Et comme nous eûmes droit à notre après-midi de libre pour fêter notre nouvelle accréditation, nous nous en sommes très vite aperçus. Ce fut hallucinant, nous avions toujours l’escorte mais nous passâmes à deux voitures au lieu de quatre et à la maison, pareil. Au lieu d’avoir des micros et des caméras dans tous les coins, il n’y en avait plus qu’une dizaine planquée à l’entrée, dans la cuisine et dans le salon. Du coup, une fois le terrain dégagé, vous vous doutez bien qu’on en a profité pour faire tout ce que nous ne pouvions pas faire sous leur surveillance, comme… de la magie, par exemple – vous vous attendiez à autre chose, peut-être ? Eh oui, à mon grand dam, la petite sieste crapuleuse, censée rattraper une St Valentin passée à tester ma résistance à la nitro, dut attendre que ma sorcière insomniaque me montre le résultat de ses dernières recherches – elle fut super productive cette semaine-là, quand on y repense. Mais bon, comme lesdits résultats allaient devenir un élément indispensable à notre quotidien, j’ai pris mon mal en patience – et là, je pèse mes mots.

En fait, pour tout vous dire, sa dernière prouesse ne concernait pas un simple énième gadget magique mais la création d’un véritable havre de paix, loin de toute surveillance ou interruption inopportune – où, d’ailleurs, elle avait planqué son second labo. Et si personne ne parvint jamais à le découvrir, eh bien, c’est parce qu’en fait, il n’était pas vraiment sur Terre. Je m’explique. Caysha cherchait depuis quelques temps déjà comment exploiter les dimensions parallèles à la réalité, qu’elle souhaitait pouvoir visiter voire, carrément squatter – oui, ça existe et non, ce n’est pas de la science fiction. Donc, pour ce faire, elle créa un portail comme celui qu’elle utilisa pour ralentir les boulets de canon, mais au lieu d’ouvrir une voie vers un autre pan de notre réalité, celui-ci conduisait directement vers une autre dimension. Bien évidemment, comme je l’ai dit, le principal avantage de cet endroit c’est qu’il était tout à fait hors de portée d’HECATE et de son influence, mais pas que. En effet, cette dimension ressemblait à un immense espace vide, baignant dans un léger brouillard permanent. Le sol était dur, noir et sans consistance visible, comme si nous marchions sur une plaque de verre surplombant un océan d’obscurité. Dans cet endroit, je ne percevais que la présence de ma pimousse et absolument rien d’autre, alors que dans la réalité, j’étais capable d’entendre clairement les battements d’ailes d’oiseaux mouches à plusieurs kilomètres de moi. Du coup, vous imaginez ? Rien du tout ? C’était super reposant – second cool effet Kiss Cool.

Lors de cette première visite guidée, ma géniale moitié m’apprit aussi qu’il existait plusieurs dimensions comme celle-ci, superposées à notre réalité – plus d’un million selon elle. Et plus on s’éloignait de notre réalité, plus les dimensions paraissaient brumeuses, obscures, même en plein jour, froides et vides. Seul subsistait le relief de la surface terrestre, qui restait identique, comme si toutes les dimensions subissaient les mêmes altérations de sol en même temps. Il n’y avait bien sûr pas d’eau ou de végétation – pas même de poussière – mais un relief brut dans un espace qui rappelait les limbes bibliques. C’était drôle, d’ailleurs, comme elle ouvrit son portail dans notre cave, une fois dans la dimension, on s’est retrouvé dans un trou carré, correspondant aux fondations de notre maison. Mais je ne l’ai vraiment réalisé que quand nous en sortîmes puisque là, je pus constater que notre quartier n’était en fait qu’un gruyère géant, plein de fosses, de tunnels… – ça en fait des trous l’aménagement urbain. Puis, dans la foulée, Caysha m’apprit le troisième et non des moindres, bon point de ce refuge magique : ici, l’écoulement du temps n’était plus non plus le même. En fait, plus une dimension est éloignée de la réalité, plus le temps se dilate et dans celle que nous squattions, trois minutes équivalaient donc, à peu près, à une minute réelle – pratique pour rattraper le temps perdu, n’est-ce pas ?

Par contre, pour votre information, sachez que le plan le plus proche de la réalité laisse percevoir des détails de celle-ci, en flou et en superposé aux décors limbiques, mais presque en temps réel. Comme si vous évoluiez dans un décor virtuel en 3D, dont vous pouvez traverser les murs apparents, et remplis de ʺ fantômes ʺ – les gens de la réalité – bougeant légèrement en accéléré. On le qualifie de premier plan astral et il est de loin le plus fréquenté par tous les petits métalleux capables de passer d’une dimension à l’autre, comme notre faucheuse – ou Sébastien ʺ yeux jaunes ʺ, pour les intimes. Bon, au moins, suite à ces éclaircissements, je sus enfin comment il m’avait semé puis suivi, après l’épisode de l’hôpital. Bien sûr, à l’époque, Caysha n’était pas encore assez puissante pour faire comme lui. Mais maintenant, elle pouvait non seulement visiter ces différentes dimensions mais aussi, le plus important, les cloisonner magiquement pour que personne à part elle ne puisse s’y rendre sans son accord – ah, intimité, quel joli mot… Vous l’aurez compris, nous avions enfin un endroit rien que pour nous, où passer nos temps libres – à commencer par ce premier après-midi – et ce fut plus que salutaire. Quant au fameux second labo de ma magicienne cleptomane, j’ai vite constaté qu’il se résumait, en fait, à deux tentes : l’une très grande, genre marabout, remplie de bric-à-brac et l’autre, format simple pour quatre personnes, avec juste son sol couvert d’un futon géant très – très – moelleux et chaud, pour les ʺ pauses ʺ. Elle avait piqué tout le matériel de camping de notre voisin de l’époque – dommage pour son camp de scouts – et l’avait installé à l’emplacement d’un terrain vague non viabilisé, à environ cinq cents mètres de notre maison – ou plutôt, du trou correspondant à notre maison.

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