Chap 2 : Des élèves doués – épisode 2 – Extrait

Autre exemple : comment restaurer un semblant d’intimité chez soi, quand on se rend compte, moins de deux jours après son enrôlement dans une agence gouvernementale, que celle-ci y a planqué tellement de micros et de caméras, qu’elle a fait de vous le nouveau héros d’un remake du Truman show ? Encore une fois, c’est très simple, en affûtant suffisamment mes sens, de plus en plus sensibles, afin de détecter lesdites installations et leurs énervants petits grésillements continus. Non sérieusement, essayez-donc d’avoir une attitude normale quand vous savez que votre maison est devenue une téléréalité pour figurants tout droit sortis de Scooby Doo – j’en ai même retrouvé dans nos toilettes ! Honnêtement, on n’aurait pas tenu le coup si on avait dû supporter d’être surveillé 24h/24 jusqu’à la fin de la formation. On était déjà sur les nerfs en rentrant à la maison donc si, en plus, on avait dû faire attention à tout ce qu’on disait ou faisait, nos petits secrets ne le seraient pas restés bien longtemps. Et à force de faire la chasse aux micros, je suis donc devenu un véritable expert pisteur, en moins d’une semaine. Ce qui fait qu’au terme de notre formation, j’étais capable d’identifier les poseurs de micros, rien qu’à leur odeur, même s’ils avaient quitté notre maison depuis plusieurs heures. C’était facile, aussi, c’était les mêmes gars qui nous suivaient partout où nous allions.

Pour résumer, ces premières semaines au sein d’HECATE furent un vrai parcours du combattant. En fait, on était même tellement vidés physiquement et nerveusement, qu’on passait quasiment tous nos moments de libre à dormir – du moins en ce qui me concerne – ou à repenser nos échecs. C’est bien simple, dès qu’on butait sur un exercice, on pouvait être sûr qu’ils nous le remettaient au programme du lendemain, on avait donc tout intérêt à y trouver une solution le plus vite possible. Pour Caysha, comme beaucoup de magiciens, ce qui lui faisait principalement défaut c’était la réactivité face aux situations d’urgence. En effet, il faut du temps pour lancer un sort et si on est pris au dépourvu, la surprise rallonge encore le temps de réaction. Il fallait aussi qu’elle apprenne à gérer son énergie vitale car plus un sort est puissant et complexe, plus il en réclame. Et comme vous devez vous en douter, se retrouver à court peut se révéler extrêmement problématique face au danger – heureusement, côté plan B, elle assure grave, du moins, la plupart du temps. Eh oui, elle a beau véhiculer tous les types d’énergies, son stock n’est pas sans limite – je dirais même qu’en combat, elle est du genre à brûler la chandelle par les deux bouts, du coup, si elle se loupe… Quant à moi, c’était surtout mes pouvoirs psychiques qui me posaient problèmes parce que, comme je réagissais souvent trop vite, j’avais tendance à vouloir utiliser mes capacités physiques au lieu de ma télékinésie – vous connaissez l’expression ʺ avoir la tête dans le guidon ʺ ? Par exemple, si ma playmobile de femme ne m’avait pas dit de dévier les fameux boulets de canon par la pensée, pour les ralentir et les attraper plus facilement, j’en serai probablement encore à me cramer le nez sur cet exercice.

Par contre, le fait qu’elle dormait de moins en moins alors que moi, je piquais un roupillon dès que j’avais une minute, devint vite préoccupant. C’en était à se demander comment elle rechargeait ses batteries parce qu’en plus, après deux semaines de formation, je vis son appétit commencer également à s’amenuiser, doucement mais surement – déjà qu’elle ne mangeait pas beaucoup ! Seulement, comme elle ne semblait pas vouloir comprendre le pourquoi du comment, sous prétexte que ça ne l’handicapait pas, au contraire, nous ne comprîmes vraiment le fin mot de cet aspect de ses pouvoirs que quelques temps plus tard et de la pire des façons – mais j’y reviendrai le moment venu. Et donc, forte de cette insomnie ʺ sans conséquences ʺ, elle passa quasiment toutes les nuits de notre période d’entrainement à refaire les scénarii du jour, afin d’y trouver des solutions alternatives. Effectivement, physiquement, tout ça ne l’impactait pas, en revanche, psychologiquement… Disons juste qu’à force de plancher sur des questions comme ʺ comment survivre à la noyade ? ʺ ou ʺ comment se protéger d’un incendie ? ʺ, elle découvrît le côté obscur de son savoir universel. Ben oui, imaginez-vous qu’elle a potentiellement accès aux connaissances cumulées de tous les habitants de notre planète – du passé comme du présent, humains ou créatures surnaturelles –, dès qu’elle se pose une question sur un sujet donné. Le problème c’est que, qui dit connaissances, dit expériences, de la plus réjouissante à la plus désagréable. Donc vous vous voyez, vous ? Avoir virtuellement en mémoire toutes les atrocités du monde ? Ce n’est pas franchement l’idéal, même sans les ressentis – surtout qu’elle n’oubliait vraiment plus rien désormais.

Sans plaisanter, elle imagina de ces scénarii de fous, pour essayer d’anticiper nos futurs exercices ! Quand elle m’en parlait, j’en avais déjà limite la larme à l’œil, en pensant qu’on pourrait nous demander des trucs pareils ! Non mais sérieusement, comment peut-on concevoir qu’on puisse vouloir tester nos capacités en apesanteur ou encore, dans une chambre hyperbare incendiée… Puis, au début de la troisième semaine, c’en est même arrivé au point qu’elle ne dormait plus du tout, comme si elle n’en avait simplement plus besoin. Elle commença donc à tuer son nouvel excédent de temps libre en bricolant des objets dignes des meilleurs films de science fiction, combinant ses découvertes magiques et scientifiques. Le tout premier fut d’ailleurs une sorte de pistolet, inspiré de la série Stargate, qui lançait des impulsions paralysantes et qui était alimenté par l’énergie de son porteur – moi donc. Elle le mit au point pour que je puisse rendre ses faveurs à Alfred mais on me le confisqua le premier jour où je m’en suis servi sur lui – c’est pô juste ! En parlant de confiscation, quand les poseurs de micros finirent par découvrir, malgré les protections magiques, qu’elle avait transformé notre buanderie du sous-sol en atelier et qu’elle y entreposait tout plein de matériel volé par téléportation, je peux vous dire qu’on a eu droit à une soufflante en bonne et due forme – doublée de trois heures d’exercices supplémentaires le lendemain. Du coup, le second labo qu’elle s’aménagea, lui, ils ne le trouvèrent jamais.

Et comme je l’ai dit, cette totale absence de sommeil s’accompagna d’une tendance à oublier de se nourrir. Au début, je mis ça sur la fatigue nerveuse, qui peut couper l’appétit, mais ça devint tellement récurrent qu’au bout du compte, quand elle dînait avec moi, on voyait bien qu’elle se forçait pour ne pas que je m’inquiète. De la même façon, j’avais beau lui apporter des encas dans son antre, avant de moi-même aller dormir, je les retrouvais souvent le lendemain, intacts. En fait, la seule chose qu’elle continua de consommer normalement fut les boissons et plus particulièrement le thé, dont elle devint une aficionada. Par contre, encore une fois, sa ʺ diète ʺ ne l’affecta pas le moins du monde, physiquement parlant. Elle ne perdit pas de poids, au contraire, elle en prit même, en développant sa masse musculaire au cours de l’entrainement. Elle ne sembla pas non plus fatiguée à outrance, même si elle affichait parfois une mine déconfite, quand ses recherches ne donnaient pas les résultats escomptés – ma pimousse a toujours mal géré sa frustration. De mon côté, je ne dormais certes pas beaucoup plus – sans compter les petites siestes entre deux exercices – mais une chose est sûre, je mangeais au moins pour quatre, voire plus ! Faut dire que j’étais déjà réputé pour mon très bon coup de fourchette, bien avant tout ça. Mais là, on aurait dit que je compensais pour nous deux. Malgré tout, à chaque fois que je profitais d’un bisou pour utiliser le savoir universel de ma pimousse et essayer de comprendre le pourquoi de nos changements respectifs, je me grillais les neurones. Honnêtement, encore aujourd’hui, je ne sais pas comment elle fait pour ordonner ses idées et avoir des réponses claires à ses questions parce qu’en ce qui me concerne, je n’y suis vraiment parvenu qu’en de très rares occasions. Du coup, pour celle-là, j’ai fini par faire comme elle, renonçant à essayer de comprendre, du moins, jusqu’à ce que les fâcheuses conséquences évoquées plus tôt, nous y obligent.

Ajoutez à cela qu’HECATE nous poussait de plus en plus à prendre de la distance vis-à-vis des seules personnes pour qui nous endurions tout ça, à savoir notre famille, et vous comprendrez aisément notre état d’esprit quelque peu instable. De ce côté-là, nous essayâmes de garder nos habitudes autant que possible. Nous continuâmes donc de parler avec ma belle-mère, presque tous les jours, et même si celle-ci se rendit bien compte que quelque chose avait changé, elle n’insista pas pour savoir précisément de quoi il retournait, comprenant très vite, à travers notre attitude, qu’il ne valait mieux pas. De surcroît, seul Fred, le beau-frère, était au courant de ce qui nous arrivait, nous n’avions donc véritablement que lui avec qui nous pouvions discuter franchement de nos ennuis. Et comme nous étions constamment surveillés ou simplement trop occupés – ou crevés – pour le voir, c’était d’autant plus frustrant. Heureusement, le développement de notre télépathie nous permit de remédier au problème des lignes sur écoute, dès la seconde semaine de formation. Mais, pour être franc, les petites conversations télépathiques avec le jumeau de ma femme ne suffirent pas vraiment à nous remonter le moral.

D’ailleurs, le fait de s’entendre rabâcher l’échéance du 18 juin tous les jours, pour soi-disant nous motiver à travailler plus dur et plus fort, n’a pas vraiment aidé non plus. Vous vous imaginez-vous ? Avoir constamment une petite voix qui vous rappelle la date supposée de la fin du monde, alors que vous êtes censé être LA solution au problème ? Croyez-moi, on avait déjà suffisamment la pression sans qu’on nous en rajoute une couche. Quoi qu’il en soit, après trois semaines et demi, nos efforts payèrent enfin puisque nos entraineurs chéris – ou nos tortionnaires si vous préférez – nous accordèrent le privilège de tester nos progrès avec de vrais agents de terrain. Nous savions que notre formation de base était terminée – eh oui, en 22 jours au lieu de 35, on est vraiment trop fort – mais comme Alfred et David n’étaient pas prêts de l’admettre…

 

Voix flottante de Caysha : ʺ Et sinon, ça va les chevilles ? ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Très bien pourquoi ? Je ne fais que mettre en avant notre supériorité attestée. ʺ

Voix flottante de Caysha : ʺ Ben voyons ! Tu veux dire cette même supériorité qui, à terme, donna raison à nos deux coachs de l’époque ? ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Donc, pour en revenir à notre histoire… ʺ

Pour télécharger l’intégralité de l’ouvrage, rendez-vous ici.

Votre panier

Votre panier est vide

Abonnez-vous à notre newsletter

Nos liens partenaires

Si vous aimez nos designs :
scas productions

Si vous voulez acheter d'autres trucs cools :
soazetline

Le blog des petits poètes de l'apocalypse :
ragnavox