Chap 2 : Des élèves doués – épisode 1 – Extrait

Ainsi, le Lundi 5 février à 9h pile, Caysha et moi arrivâmes devant les locaux d’HECATE. Ce fût d’ailleurs assez cocasse d’y aller avec notre petite 205 vert cabossé, tout en étant escorté tout du long par quatre 4×4 noirs flambants neufs, conduits par des hommes en costumes sombres et lunettes noires – je vous laisse imaginer la tête de nos voisins quand ils nous vîmes partir ʺ accompagnés ʺ de la sorte. Nous savions que nos nouveaux ʺ amis ʺ reprendraient contact rapidement, les courriers de congés sabbatiques ayant été un indice plutôt évident en ce sens. Mais ce n’est que quand nous rentrâmes de chez la belle-mère, le dimanche soir, que ça s’est précisé. En effet, nous trouvâmes un message du fameux Alfred, sur la boite vocale de notre ligne fixe, qui nous donnait rendez-vous pour le lendemain. Du coup, en ouvrant nos volets ce matin-là, nous ne fûmes pas franchement surpris de constater que notre escorte nous attendait déjà – et pourtant, rappelez-vous, leurs locaux n’étaient qu’à vingt minutes. Honnêtement, compte-tenu de notre historique personnel, nous n’étions pas vraiment du genre à coopérer aveuglément avec n’importe qui. Cependant, comme il s’agissait de sauver le monde – et par là, je ne veux pas dire LE monde mais simplement notre petit monde à nous, soit, nos proches –, nous suivîmes le mouvement, un peu à reculons, certes, mais quand même et sans faire d’esclandre.

Nous étions donc supposés retrouver le rouquin cornu devant l’entrée principale de ce qui allait devenir notre nouveau lieu de travail et, chose extraordinaire, nous sommes arrivés pile à l’heure. Pourtant, nous découvrîmes en arrivant qu’il nous attendait déjà en fumant devant ladite entrée – ses bouclettes flamboyantes étaient visibles de loin. Pour tout vous dire, la succursale française d’HECATE était située dans une zone industrielle assez peu fréquentée et vraiment pas très loin de chez nous, malheureusement. En fait, avec le GPS on s’est même rendu compte qu’elle était à moins de dix minutes de notre domicile – nos ravisseurs avaient donc dû faire des détours le soir de notre enlèvement. Depuis l’extérieur, ces locaux avaient l’air de bureaux en préfabriqués normaux, quoi qu’un peu trop bien entretenus pour cette zone. Ils étaient en béton habillé de bois brun foncé, parcouru de grandes baies vitrées, façon miroirs sans tain, aux armatures rouge brique, et sur seulement deux étages. Quand vous arriviez à hauteur de la barrière du parking de surface – l’entrée de celui en sous-sol n’était pas visible depuis l’extérieur –, il fallait d’abord vous identifier auprès de son gardien, qui vérifiait alors sa liste, enregistrait votre heure d’arrivée, en prenant votre pièce d’identité, et vous remettait un badge temporaire. Puis, une fois garé, un petit chemin pavé vous conduisait devant l’entrée principale, sobrement surmontée d’une enseigne rouge et or, en relief. Il y avait d’ailleurs la même, en un peu plus grande, tout en haut à gauche du bâtiment.

Le hall était tout en boiseries brunes et en marbres blancs et se voulait sobre mais classe. Il faisait même penser à celui d’une grande entreprise avec un comptoir d’accueil à gauche, un grand escalier plein au centre et une petite cafétéria à droite. Toute la place grouillait de cadres et autres employés en costumes sombres, qui faisaient presque oublier les agents de sécurité à oreillettes, couvrant chaque issue visible. Par contre, seul le comptoir et la cafétéria étaient accessibles aux visiteurs car pour atteindre le fameux escalier, il fallait passer des portiques à tourniquets. Et comme le badge temporaire du gardien extérieur n’était pas suffisant pour les franchir, Alfred nous accompagna jusqu’au comptoir où nous échangeâmes nos badges contre des cartes d’accès. Puis, il nous demanda de le suivre au-delà de l’escalier – derrière pour être précis – où un ascenseur nous attendait. Vous devez surement vous demander quelle est l’utilité d’un ascenseur dans un immeuble de deux étages ? Eh bien, c’est très simple : HECATE était comme un iceberg, le plus gros morceau n’était donc pas en surface mais bien en sous-sol. En plus, notre rouquin laissa échapper que tous les autres bâtiments de la zone faisaient partie de leur organisation. Toutes les enseignes représentées n’étaient donc qu’une façade, dissimulant un complexe paramilitaire énorme, en pleine banlieue parisienne.

Une fois dans l’ascenseur, Alfred sortit une clef et l’inséra dans le panneau qui n’indiquait que le rez-de-chaussée et le premier étage. Pourtant, nous descendîmes jusqu’au niveau -7. A cet étage, l’ambiance et la déco étaient toute autre, comme un autre monde. D’abord, nous retrouvâmes le fameux béton gris et sans fioriture, si cher aux esprits spartiates. Quant à la population, fini les cadres propres sur eux et bienvenue aux blouses blanches, aux militaires en noir et à tout plein d’hommes et de femmes en costumes sombres, qui n’avaient pas forcément l’air humain. Notre cornu était donc loin d’être une exception puisque, visiblement, cette organisation ʺ capitalisait ʺ la présence de nombreuses autres créatures surnaturelles dans ses rangs. En matière de formes et de couleurs, il y en avait vraiment pour tous les goûts mais il y avait quand même pas mal de gens comme Alfred et une grande majorité de sorciers, plus quelques métalleux d’origine démoniaque – comme Luc, celui qui nous avait balancés. A chaque fois qu’on en croisait un, Caysha me faisait l’article par télépathie, utilisant son savoir universel pour déterminer précisément à quelle catégorie de créatures tous ces gens appartenaient.

C’est marrant, d’ailleurs, car la seule différence physique entre un démon et un humain, c’est la couleur de leurs yeux à la lumière du jour et dans le noir – pour mieux passer inaperçu sans doute. En effet, comme je l’ai dit, les démons ont des pupilles qui brillent dans le noir, comme celles des chats, et à la lumière du jour, en fonction de l’énergie dont ils se nourrissent, ils ont l’iris d’une couleur primaire comme le rouge, le jaune… C’est assez saisissant à voir puisque leur iris est plein, comme s’ils portaient des lentilles de couleur. Par contre, pour les sorciers, si ma pimousse ne m’avait pas dit que s’en était, sur le moment, je n’aurais jamais deviné. Physiquement, ce sont des humains normaux c’est juste que leur aura est plus intense, signe qu’ils ont plus d’énergie que le commun des mortels. Honnêtement, sans cette immersion forcée, Caysha n’aurait peut-être jamais su qu’elle était si sensible à l’énergie d’autrui. En fait, elle est même un véritable détecteur à magies diverses et variées. Non seulement elle peut quantifier celle des créatures surnaturelles qu’elle croise, mais également, en déterminer l’origine et la fonction d’un simple coup d’œil. Enfin, pour peu que ladite créature laisse transparaître ce genre d’informations… Quant aux cornus comme notre guide du jour, la seule différence notable est justement vissée sur leurs têtes. En dehors de çà, ce sont des gens comme tout le monde, extérieurement parlant.

Enfin, quoi qu’il en soit, après nous avoir baladés dans différents couloirs pendant une bonne dizaine de minutes, le rouquin nous invita à nous assoir dans une petite salle, munie de tables et de chaises d’école, où, selon lui, allait commencer la présentation de notre future ʺ vocation ʺ. Deux autres personnes étaient déjà là et attendaient dans le noir, tout au fond. Puis, après quelques minutes, un homme noir en blouse blanche, assez âgé et imposant, les bras encombrés par de nombreux dossiers, fit son entrée. Il était accompagné d’une blonde fatale en tailleur noir et hauts talons – et dont le décolleté aurait fait gagné les jeux olympiques à n’importe quel plongeur…

Blonde fatale : ʺ Bonjour madame et messieurs, je suis Véronika Garand. Mon rôle va être de superviser votre formation en collaboration avec Mr Emile Roland, que voici, responsable du service recherches et développements. Alfred Engel, que vous connaissez déjà, s’occupera de votre entrainement avec Mr Ilane David – là, elle désigna le militaire à tête de tueur, assis au fond de la salle. Quant à Mr Cédric Schneider – ou la tête d’œuf à lunettes à côté du dénommé David –, il s’occupera de vos besoins en équipements qui seront déterminés lors de vos évaluations. ʺ

Moi : ʺ Tout d’abord, enchanté tout le monde. Nous sommes ʺ ravis ʺ d’avoir été si ʺ gentiment ʺ invités à vous rejoindre. Ensuite, j’aurai juste besoin de savoir pourquoi nos ʺ entraineurs ʺ ont des noms de majordomes… OK. Enfin, que voulez-vous dire par ʺ déterminés par vos évaluations ʺ ? Votre surveillance constante et notre séjour ici ne vous ont pas suffi à déterminer nos aptitudes ? C’est ballot… ʺ

Caysha – en signes et sans se soucier de savoir si l’auditoire comprend ses gestes : ʺ Combien d’autres tests allez-vous encore nous faire subir ? Car c’est un peu lassant à la fin… ʺ

Mme Garand : ʺ Vous pourriez commencer par nous faire la liste de tout ce que vous savez faire. Nous gagnerions du temps. ʺ

Caysha et moi échangeâmes alors un regard du genre ʺ qu’est-ce qu’on fait ? ʺ puis, je repris la parole :

ʺ Alors voilà, je suis très fort et même si je ressens la douleur – j’ai lourdement insisté sur ce point –, on ne me blesse pas facilement. ʺ

Caysha – toujours en signes : ʺ Moi, je me blesse très facilement et très vite et je peux téléporter des petits objets sur de courtes distances. ʺ

Moi : ʺ Aux dernières nouvelles, nous ne pouvons pas mourir, même si nous ne sommes pas pressés d’essayer, et on cicatrise plus vite que la moyenne mais ça, je crois que vous le saviez déjà… ʺ

Alfred : ʺ Bien, on ʺ avance ʺ… Et sinon, depuis quand pouvez-vous communiquer par télépathie et faire de la sorcellerie ? ʺ

Moi : ʺ Ah oui, ça aussi… Toutes nos confuses mais Caysha est la seule à pratiquer la sorcellerie. D’ailleurs, ça lui sert surtout à faire de la télékinésie. Moi, j’y arrive naturellement mais ne me demandez pas comment. Par contre, pour la télépathie… En fait, c’est plus comme si nous étions connectés mentalement l’un avec l’autre. ʺ

Mme Garand : ʺ Juste entre vous donc. ʺ

Moi : ʺ C’est ça. ʺ

Mme Garand : ʺ Curieux, compte tenu de votre attitude lors de vos interrogatoires, vous sembliez en savoir suffisamment sur nous pour ne pas vous laisser intimider. Peut-être a-t-on surestimé vos pouvoirs et sous-estimé votre force de caractère… ʺ

Caysha – encore en signes : ʺ A vous de nous le dire. ʺ

Sur ces bonnes paroles, chacun de nos coachs vint présenter sa fonction au sein de notre programme de formation, détaillant peu à peu notre futur emploi du temps. La présentation globale dura bien trois heures, durant lesquelles ils nous exposèrent leur vision de ce qu’ils voulaient faire de nous, à savoir, basiquement, des supers soldats. Les prochaines semaines allaient donc être partagées entre le développement de nos aptitudes physiques, psychiques, magiques… et les différentes évaluations nécessaires à la mesure de nos progrès. Après la réunion, ils nous emmenèrent au mess, pour manger un morceau, puis nous conduisirent vers nos ʺ anciens quartiers ʺ – vous savez, le cube – pour nous faire revêtir des tenues de sport –  sobres, en mousseline noire, avec juste le logo H.E.C.A.T.E, cousu au fil doré au dessus du sein gauche. Encore une fois, après cette étape, notre prochaine destination allait être en un autre lieu connu : les labos, où Emile Roland et sa clique nous attendaient pour de nouveaux tests. Ils s’en sont d’ailleurs donnés à cœur-joie toute l’après-midi, afin de réunir les nombreuses mesures qu’ils n’avaient pas pu prendre du temps où nous étions moins coopératifs.

Nous avons donc passé les heures suivantes à courir sur des tapis, taper dans des punching balls, montrer nos réflexes, notre adresse, boire des trucs ignobles pour les analyses d’urine, de plasma… Franchement, jusque-là, ça allait encore puisque ce fut certes long et fastidieux mais ces tests auraient pu faire partie de n’importe quel check up pratiqué dans le monde normal. Ensuite, quand nos médecins eurent fini de prendre – ou de reprendre – toutes les mesures complémentaires dont ils avaient besoin, Alfred et celui qui se faisait appeler David nous conduisirent à la salle d’entraînement, où nous allions être mis à mal les prochaines semaines. C’était en fait un très grand gymnase, assez haut sous plafond, plein d’agrès de gymnastique et autres accessoires de sport – j’aurais dû me méfier quand j’ai vu que leur salle de musculation comprenait une presse hydraulique… A l’époque, nos nouveaux chaperons estimèrent que ma pimousse et moi pourrions être opérationnels au bout de trente cinq jours, comme n’importe quelle autre recrue ʺ volontaire ʺ – une belle estimation au pifomètre si vous voulez mon avis. Seulement comme il était déjà tard, ils estimèrent également que les ʺ festivités ʺ pouvaient bien attendre le lendemain. Après tout, nous nous montrions coopératifs et ils savaient que nous ne nous enfuirions pas. Nous finîmes donc cette première journée avec la certitude que nous étions partis pour une sacrée galère, commençant même à nous demander comment y échapper autant que possible.

D’ailleurs, en rentrant ce soir-là, on avait tellement d’informations à assimiler que nous ne nous sommes pratiquement pas parlé. Pas même par télépathie. J’entendais Caysha fouiller dans son savoir universel, pour répertorier tout ce qu’elle avait pu voir, entendre, croiser… malgré tous ses efforts pour diminuer le bruit de ses pensées. De mon côté, après m’être empiffré pour rattraper le repas de midi, qui s’était avéré aussi fade et indigeste que leur déco – j’étais quand même habitué à mieux à travailler au Jardin des Plantes de Paris –, j’avoue que me suis vite écroulé. Physiquement, je n’étais pas spécialement fatigué mais nerveusement, je me posais là. Et ça a même joué sur mon sommeil car cette nuit-là, je me suis réveillé en sursaut suite à un cauchemar. Bon, c’était un peu puéril parce qu’en fait, j’ai rêvé qu’Alfred me poussait du toit de l’immeuble, après m’avoir pétrifié, sous prétexte de voir à quelle vitesse mon corps brisé en mille morceaux se reconstituerait. Mais pour ma défense, je n’étais pas le seul à m’inquiéter puisque Caysha non plus ne ferma presque pas l’œil. Je l’ai retrouvée sur le canapé du salon, en train de dessiner un organigramme d’HECATE, pour essayer d’avoir une vision plus claire du fonctionnement de cette organisation. 

Enfin bon, comme vous devez déjà vous en douter, la seconde journée fût elle aussi éprouvante à plus d’un titre – la semaine s’annonçait super longue… Nous l’attaquâmes comme la première, la fatigue nerveuse en plus et toujours escortés par nos quatre 4×4 noirs. Seulement, la visite guidée étant terminée, nous entrâmes donc dans le vif du sujet, en commençant par la remise à niveau physique, dans le grand gymnase. Là, fini les petits tests en labo tout faciles et les longues balades en tapis roulant. Non, désormais, il s’agissait de travailler notre endurance, force, adresse, agilité, souplesse… des heures durant, comme seuls les bidasses surentraînés savent vous le faire faire – je n’ai jamais autant cavalé de ma vie ! Comme je l’ai déjà dit, avant d’apprendre que nous étions les éternels, nous étions déjà un peu sportifs et même si nous n’étions pas retournés aux cours de sport, faute de temps, on s’estimait être encore assez en forme. Mais, suite à leurs exercices de malades – de grands malades –, nous nous sommes surtout aperçus qu’on en était loin. Vraiment très, très loin même. Non mais franchement, il n’y a que des militaires démoniaques pour imaginer faire des pompes sous une presse hydraulique ! Oui bon, c’est sûr que je partais avec des facilités puisque je pouvais soulever une demie tonne à main nue et sans effort mais ce n’est pas une raison pour me mettre sous cet engin et pousser la pression à deux tonnes d’entrée de jeu ! En fait, pour tout vous dire, ils nous ont tellement poussés physiquement, durant les semaines qui suivirent, que nos corps ne sont même jamais vraiment redevenus comme avant. L’impact fût tel que nous atteignîmes une sorte de forme physique optimale qui ne nous quitta plus, même sans s’entrainer régulièrement pour l’entretenir – ça c’est le bon point.

 

Voix flottante de Caysha : ʺ Toujours partisan du moindre effort ! ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Encore un point commun entre nous ma chérie. ʺ

Pour télécharger l’intégralité de l’ouvrage, rendez-vous ici.

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