Chap 1 : L’éveil – épisode 4

En fait, à ce moment-là, on avait encore pas mal de lacunes en télépathie donc, en vérité, si elle était calme, c’était surtout parce que son petit cerveau tournait à plein régime pour essayer d’expliquer ce que nous avions vu. Et de mon côté, j’étais déjà énervé d’avoir été témoin de ce que j’ai interprété comme une agression alors, en plus, entendre le flux des pensées de ma chère et tendre, sans rien y comprendre, n’allait certainement pas m’aider à me calmer. Eh oui, avant qu’on apprenne à vraiment cloisonner nos esprits tout en utilisant nos pouvoirs, je peux vous dire qu’entendre les pensées de ma femme, pendant qu’elle fouillait dans son savoir universel, revenait à écouter trente-six millions de chaînes de télévision en même temps. Vous comprendrez donc que conduire dans ce brouhaha, avec encore du sang sur les mains, ce n’était pas franchement l’idéal.

De retour à la maison sans autre étrangeté, j’ai donc questionné Caysha sur ce que nous avions vu, pour avoir une version sans parasite. Dans la mesure où nous ignorions encore ce qui allait provoquer la fin du monde, j’ai pensé qu’il était peut-être temps d’étudier la face cachée de ʺ Gaïa ʺ – pour reprendre l’expression de Zeus désignant notre bonne vieille planète Terre – et de faire un bilan de nos différentes possibilités d’action. C’était une meilleure option que de poursuivre en aveugle. Et donc, tandis que je me débarbouillais le visage et les mains, à l’évier de notre cuisine, ma petite sorcière me déclara alors :

ʺ Ce que nous avons vu est une faucheuse. Une créature qui se nourrit du dernier souffle d’énergie vitale des mortels. En fait, elle sait à l’avance quand les gens doivent mourir, comme si elle voyait leur date de péremption tatouée sur leur front. Du coup, elle a juste à se trouver au bon endroit au bon moment pour se rassasier. C’est pour ça qu’habituellement, on les trouve plus à côté d’hôpitaux, qu’au beau milieu de la rue. On a donc eu de la ʺ chance ʺ d’en voir une à l’œuvre dans ce contexte. Par contre, même si elle ne provoque pas les décès, elle peut se montrer agressive si quelqu’un cherche à l’empêcher de se nourrir. ʺ

Moi : ʺ Hum, ouais, tu parles d’une ʺ chance ʺ… Et sinon, il y en a encore beaucoup des créatures de légende qui vivent ici-bas ? ʺ

Caysha : ʺ D’après ce que j’entrevois, il existe deux catégories de créatures : celles qui dépendent de la biosphère végétale et celles de la biosphère animale. Celles de la biosphère végétale sont comme les anges gardiens de la nature. En gros, ils regroupent ce qui ressemble à l’imagerie habituelle des fées, des trolls, des elfes… Ceux qui, dans les contes, vivent isolés à la campagne ou en forêt. Pour ceux de la biosphère animale, on trouve les vampires, les lycanthropes et autres garous, les faucheuses… Ceux qui, dans les films d’horreur, vivent parmi nous, cachés en milieu urbain. Quelle que soit leur catégorie, ils fonctionnent tous sur le même mode et se nourrissent soit d’énergie, pompée sur des organismes encore vivants, soit de matière organique, comme les humains ou les animaux. ʺ

Moi : ʺ Et ils sont tous immortels comme nous ? ʺ

Caysha : ʺ Non, eux peuvent mourir. Ils ont juste une espérance de vie beaucoup, beaucoup plus longue. De cinq à cent fois plus longue qu’un humain, pour être précise. Cependant, les garous et les vampires sont des créatures magiques à considérer à part. Pour les garous, il s’agit d’un parasite qui ne peut fusionner qu’avec des humains, après une morsure. Il les change à vie, n’altérant leur apparence et leur personnalité que lors de leurs transformations lunaires. D’ailleurs, ces monstres ne sont contagieux que sous leur forme animale ou s’ils font des enfants car c’est héréditaire. Dans leur vie de tous les jours, ils passent pour des humains normaux, à quelques détails près. Pour les vampires, c’est la même sauf que le parasite se transmet aux humains après ingestion de sang contaminé, ce qui a pour effet de tuer le futur hôte. Le parasite maintient ensuite le corps en mort suspendue, se nourrissant, à travers lui, de l’énergie contenue dans le sang frais d’autres êtres vivants. Par contre, eux, comme leur corps est mort, même s’il n’en a pas l’air, ils ne peuvent enfanter. Les vampires possèdent les souvenirs du corps qu’ils habitent mais ce sont leurs instincts de prédateurs qui prennent le pas sur tout le reste. D’où le fait qu’ils ne puissent résister à leur soif de sang, à fortiori si l’odeur de leur proie les rend frénétiques, comme la dernière fois avec nous. S’ils se désintègrent quand ils boivent notre sang à nous, c’est parce qu’il est trop chargé en énergie pour eux. ʺ

Moi : ʺ Dis-moi, t’avais déjà fait ces recherches après notre agression vampirique, donc, tout ça, tu le savais déjà, n’est-ce pas ? ʺ

Caysha : ʺ Oui, je l’avoue. ʺ

Moi : ʺ Et t’attendais quoi pour m’en parler ? ʺ

Caysha : ʺ Vinz, c’est déjà assez dur de se préparer à la fin du monde, en développant nos pouvoirs, alors si en plus, on part à la chasse aux monstres… ʺ

Moi : ʺ Qu’est-ce qui te fait croire que j’aurai voulu partir à la chasse… OK, non, laisse tomber, c’est effectivement ce que j’aurai fait. J’ai une revanche à prendre suite à l’histoire avec les vampires et encore plus après ce soir, à cause de la… Comment t’as appelé cette chose déjà ? ʺ

Caysha : ʺ Une faucheuse. Et pour la revanche, sache qu’on est deux. Mais je n’ai pas non plus envie qu’on s’expose avant d’être vraiment sûre qu’on est prêt pour ça. ʺ

Moi : ʺ C’est sûr… Mais bon, pour en revenir aux monstres, je propose pour s’en souvenir que nous appelions ceux qui mangent ʺ bio ʺ, des hippies, les autres, des métalleux et les parasités, enfin, les garous et les vampires, quoi,… Non ben pour eux, ça devrait aller. ʺ

Caysha : ʺ Perso, je n’ai pas besoin de leur trouver des surnoms pour m’en souvenir mais bon, comme tu veux. ʺ

Moi : ʺ Considérant que les humains détruisent toute la biosphère, les hippies doivent nous ʺ adorer ʺ ! Et sinon, des nouvelles concernant la septième extinction ? ʺ

Caysha : ʺ Non, toujours rien. Cela doit correspondre à un pouvoir dont je ne dispose pas encore. Par contre, concernant tes ʺ hippies ʺ, tout ce que je sais, c’est que plus une créature magique est âgée, plus elle est puissante. Donc comme celles qui vivent dans la nature s’exposent moins aux humains que les autres, on peut s’attendre à de sacrées surprises de ce côté là. ʺ

Et des surprises, ça pour en avoir, on en a eu… Par contre, ce qui était très frustrant pour ma pimousse – et pour moi aussi d’ailleurs – c’est qu’elle avait beau s’interroger sur nos capacités, il ne lui apparaissait que les réponses correspondantes aux pouvoirs dont nous disposions au moment de sa demande. Du coup, elle se posait un maximum de questions tous les jours. En revanche, pour le côté chasse aux monstres, mon encyclopédie ambulante avait eu raison de garder le silence car, dès que j’eus connaissance de leur existence, j’ai effectivement essayé de capturer une faucheuse. J’avais dans l’idée de lui faire dire quand exactement aurait lieu l’hécatombe, histoire d’anticiper un peu les ennuis. Puisque ces créatures pouvaient savoir quand les gens allaient mourir, peut-être l’une d’elles aurait pu nous renseigner.

 

Voix flottante de Caysha : ʺ Attends, tu as eu l’idée ? Tout seul ? ʺ

Voix de Vinsen: ʺ OK, c’est toi qui y as pensé mais c’est moi qui ai dit : ʺ Et si on en chopait une ? ʺ. ʺ

Voix flottante de Caysha : ʺ Oui et te souviens-tu de ma réponse ? ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Oui, t’as dit : ʺ Il n’y a pas moyen ! ʺ. ʺ

Voix flottante de Caysha : ʺ Et que s’est-il passé ensuite ? ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Au lieu d’attendre de trouver une autre solution moins risquée, j’ai essayé de faire mon super héros solitaire et je me suis planté… Comme tu l’avais anticipé. ʺ

Voix flottante de Caysha : ʺ Tu vois comme c’est libérateur de dire la vérité ? ʺ

 

Voilà donc comment ça s’est passé : le lundi suivant, j’ai prétexté une course à faire avec un collègue, après le boulot, pour ne pas obliger Caysha à m’attendre. A l’époque, notre connexion télépathique n’était pas assez étendue pour qu’à son bureau, elle entende mes pensées et que celles-ci ne me trahissent. Sauf qu’en fait, je suis allé en bus jusqu’à l’hôpital Cochin, à Paris – c’était le plus proche du travail – dans l’espoir d’y trouver l’une de nos fameuses faucheuses. Vous l’aurez compris, les plans viables ne sont pas vraiment mon point fort, puisque basiquement, ce jour-là, je suis parti à la chasse au monstre en autobus, sans me demander une seconde comment j’allais ramener ma proie dans un lieu tranquille, pour l’interroger…

Enfin, quoi qu’il en soit, une fois sur place, j’ai attendu et attendu et attendu encore – c’est fou comme un service des urgences peut-être calme et ennuyeux. Seulement, après trois messages textes de ma pimousse, je suis sorti cinq minutes pour lui répondre et c’est là que je l’ai vu : un homme malingre, genre squelette ambulant, le visage émacié et très marqué, comme une personne âgée d’au moins quatre vingt dix ans, attendait près de l’aire de stationnement des ambulances. Il ressemblait vaguement à celui que j’avais vu lors de l’accident de moto mais en plein jour, il était moins effrayant. Bon, comme il était le seul gars sur le parking qui n’expirait pas de buée, malgré les 3°C qui régnaient dehors, et que je ne parvenais pas à entendre ses pensées, j’étais presque certain qu’il s’agissait bien d’une créature surnaturelle. Mais pour être sûr, je l’ai observé un moment et comme il était focalisé à guetter les arrivées, il ne m’a pas remarqué – du moins, c’est ce que j’ai cru. Puis, peut-être un quart d’heure plus tard, une ambulance transportant une victime potentielle débarqua à toute berzingue, à grand renfort de sirènes, dérapages contrôlés et agitation générale de l’équipe médicale – une entrée en fanfare en bonne et due forme.

Dès son admission, notre faucheuse s’est immédiatement mise à suivre sa nouvelle proie à distance, laissant les infirmiers s’affairer à tenter son sauvetage. Et quand le mourant fut enfin laissé seul, j’ai vu notre ombre fondre sur lui pour l’embrasser. Sans Caysha, je ne pouvais qu’imaginer le léger filet de lumière s’échapper de la bouche de l’homme pour être gobé par la faucheuse, comme ce fut le cas lors de la soirée cinéma. En plus, j’avoue, la victime est arrivée dans un état déjà pitoyable – la moitié du crâne ouvert – donc assister à son ʺ euthanasie ʺ de cette façon, c’était plus gerbant qu’autre chose. L’avantage c’est que, comme la première fois, le futur décédé n’a pas eu l’air de souffrir. Au contraire, on aurait même dit qu’il était soulagé. Mais bon, après que sa proie eut expiré, la faucheuse parut un peu plus jeune, comme si elle avait gagné quinze ou vingt ans – enfin, même comme ça, elle n’était pas très ragoutante. Puis, sans doute pour éviter d’avoir à répondre à des questions gênantes, elle s’est vite esquivée et c’est là que j’ai tenté de la suivre. Je voulais l’aborder dans un endroit calme, sans témoin. Seulement, au détour d’un couloir un peu sombre, je l’ai perdue. L’ombre se déplaçait comme si ses pieds flottaient au ras du sol et du coup, je n’arrivais même pas entendre ses pas ou à suivre ses traces. Elle s’est donc littéralement volatilisée et comme je n’avais aucun autre moyen pour la retrouver, je suis simplement rentré.

Une fois à la maison, bien plus tard du fait de la non-réactivité légendaire des transports en commun parisiens, j’ai raconté ma tentative à Caysha qui se mit aussitôt en colère. Elle était déjà contrariée que je rentre à pas d’heure mais quand elle apprit ce que j’avais fait, elle m’en voulut à mort d’avoir joué en solo car elle estimait que j’aurais au moins dû l’avertir – sur ce coup-là, elle n’avait pas tort. Quelques heures plus tard, elle me faisait toujours la tête et tandis que j’essayais de l’amadouer un peu – le problème c’est qu’elle est vraiment très têtue –, nous eûmes une petite mise au point.

Moi : ʺ Combien de temps vas-tu encore m’ignorer ? C’est bon, il n’y a pas eu mort d’homme quand même ! ʺ – Oui, je sais, cette expression n’était pas du meilleur goût.

Caysha : ʺ Te rends-tu compte que s’il t’a suivi, il sait où nous habitons et pourrait venir avec des potes ? ʺ

Moi : ʺ Mais non. Pourquoi m’aurait-il suivi ? Je ne représentais pas une menace pour lui. ʺ

Croyez-le ou non, c’est à ce moment précis qu’une brique passa par notre fenêtre défonçant par la-même la vitre et le volet qui étaient fermés. Sur l’objet une note manuscrite disait :

ʺ Si vous voulez sauver le monde, rendez-vous devant le cimetière de Villepinte dans une heure. ʺ

Caysha : ʺ Mais ce n’est pas possible ! Ils ne connaissent pas le téléphone ces barbares ?! ʺ

Moi : ʺ C’est un peu gros comme invitation. Que fait-on ? Ça m’a tout l’air d’un piège. ʺ

Caysha : ʺ Réfléchi, ils savent où nous habitons, s’ils nous voulaient du mal, ils nous auraient attaqués d’entrée de jeu. ʺ

Moi : ʺ D’accord mais toi tu restes ici. C’est trop dangereux. ʺ

Caysha : ʺ Mais tu vas arrêter oui ? On est deux à avoir des pouvoirs. Je ne suis pas la demoiselle en détresse ! Et si tu m’avais parlé de ton plan ʺ hôpital ʺ, j’aurais pu t’avertir que les faucheuses passent de notre plan au premier plan astral, aussi facilement que les fantômes. C’est pour ça qu’elle a pu te suivre sans se faire remarquer. Avec moi, au moins, on l’aurait grillée avant qu’elle n’arrive jusqu’ici ! ʺ

Moi : ʺ Je suis désolé d’accord ? Je voulais juste te protéger. Euh, par contre, c’est quoi le premier plan astral ? ʺ

Caysha : ʺ C’est bon, on verra ça plus tard. Essayons de rattraper le coup. Je n’ai pas envie de voir débarquer tous les ʺ métalleux ʺ du coin. ʺ

Malheureusement, le sort ʺ Vinsen Proof ʺ lancé sur la maison ne fonctionnait que si moi je cassais un truc, du coup, Caysha lança une petite formule pour que la fenêtre et le volet se réparent tous seuls – la magie c’est vraiment pratique, quand même. Ceci fait, il ne nous restait ʺ plus ʺ qu’à essayer de nous préparer du mieux que nous le pouvions, au rendez-vous que nous venions de recevoir. Nous avons alors sorti nos vestes et nos gants de moto et Caysha prit la petite hache du jardin, me laissant avec le pied de biche – pas forcément dissuasif contre des créatures surnaturelles mais rassurant pour nous. Par contre, une fois garés devant l’entrée du cimetière, Caysha me dit par télépathie :

ʺ En même temps, je me demande bien qui a lancé cette brique à travers le volet en bois. Ce n’est certainement pas une faucheuse, elle n’en aurait pas eu la force. ʺ

Moi : ʺ Et c’est maintenant que tu me dis ça ? ʺ

Caysha : ʺ De quoi as-tu peur ? Toi, t’aurais même eu la force de lui faire traverser le mur ! ʺ

Moi : ʺ Et avec ton savoir universel ? ʺ

Caysha : ʺ Je te l’ai déjà dit, je ne suis pas devin. Sauf si tu veux perdre la nuit à passer en revue toutes les créatures capables de ce genre de ʺ prouesses ʺ. ʺ

Quelques minutes plus tard, la lumière des lampadaires autour de nous se mit à grésiller jusqu’à complètement s’éteindre, donnant à cette rue déserte, des allures de films d’horreur. En plus, le mur qui borde ce cimetière a des motifs en arcades donc, avec les silhouettes des pierres tombales qui dépassaient du mur et la petite brume hivernale, il y avait vraiment de quoi être impressionné. Du coup, suite à l’extinction de l’éclairage urbain et comme on ne voyait toujours personne arriver, nous nous apprêtâmes à rentrer quand, en allumant nos feux, nous nous aperçûmes qu’une petite foule d’ombres s’était rassemblée autour de notre voiture. J’ai donc mis les pleins phares mais nos ʺ invités ʺ se rapprochèrent pour que nous ne puissions toujours pas distinguer leurs visages – flippant, vous avez dit flippant ? J’ai donc remis mes feux à leur position initiale et c’est alors que, d’une voix masculine, ferme et sombre, l’une d’elle nous invita à la discussion :

ʺ Alors comme ça, les éternels se sont réveillés ? ʺ

Moi, après avoir baissé ma vitre : ʺ Vous nous devez une fenêtre. ʺ

Voix sombre : ʺ Toutes nos excuses, nous voulions juste attirer votre attention. ʺ

Pour se faire entendre, Caysha rendit alors son signal télépathique audible – comme une voix flottante dans l’air. Et dans ce contexte, je dois bien admettre qu’elle m’a fait sursauter car je ne m’y attendais pas du tout. Enfin, tout ça pour dire qu’elle répondit à notre mystérieux interlocuteur :

ʺ C’est réussi. Maintenant dites-nous qui vous êtes et pourquoi vous avez parlé de sauver le monde. ʺ

Le beau ténébreux à la voix sombre s’avança alors, en allumant une lampe de poche, nous permettant de voir un peu plus que ses yeux brillants dans le noir – comme ceux des chats. Puis, il se présenta comme il se doit :

ʺ Mon nom est Luc et les ombres derrière moi sont Sébastien, que vous connaissez déjà et d’autres créatures de la nuit qui, pour l’heure, préfèrent garder l’anonymat. ʺ

Il avait les cheveux très noirs qui dépassaient de sa capuche et le teint assez pâle mais, même s’il avait l’air d’avoir une petite trentaine, comme nous, on sentait une grande expérience et une grande intelligence émaner de ce type. Mais bon, après Zeus, il en fallait plus pour nous impressionner.

Moi : ʺ C’est très gentil tout ça mais il faudrait développer un peu. ʺ

Luc : ʺ Je suis ce que vous appelez communément un démon vengeur. Quand quelqu’un veut se venger de quelqu’un d’autre, il fait appel à moi. Je me nourris alors de l’énergie de vos détresses et de vos colères. Pour Sébastien, vous l’aurez compris, c’est un ange de la mort. ʺ

Caysha : ʺ C’est surtout par rapport à votre message que nous sommes venus. Que pouvez-vous nous dire sur la fin du monde ? ʺ

A ces mots, les ombres ont commencé à murmurer entre elles. La tension était presque palpable et je m’attendais à ce que la situation nous échappe. C’est alors que le fameux Sébastien sortit du rang pour rejoindre Luc et demander :

ʺ Vous êtes bien les éternels, non ? Vous avez donc le pouvoir de nous sauver. Nous autres, les urbains, nous nous nourrissons des mortels, c’est vrai, et pour l’instant, nous sommes plutôt prospères. Mais mes congénères et moi-même ne pourrions pas survivre sans les humains. C’est pourquoi, nous avons averti les autres nocturnes que beaucoup de gens présentaient la même date de décès. On s’attendait à une catastrophe localisée mais nos contacts à l’étranger nous ont dit la même chose. Et maintenant, on vous voit débarquer : ça ne peut pas être une coïncidence ! ʺ

Luc : ʺ Que vous a dit Zeus, au juste ? ʺ

A la mention de Zeus, Caysha et moi avons échangé un regard qui en disait long. J’ai alors repris la parole :

ʺ Zeus nous a seulement dit ce que nous étions et pourquoi nous existions. Certes, nous avons des pouvoirs mais, en ce qui concerne l’apocalypse, nous en savons encore moins que vous. ʺ

Caysha : ʺ Quelle est la date en question ? ʺ

Sébastien : ʺ C’est le 18 juin de cette année. ʺ

Caysha : ʺ Comment ? Mais c’est dans moins de six mois ! ʺ

A ces mots, les ombres recommencèrent à s’agiter de plus belle. Caysha détacha alors sa ceinture, faisant mine de vouloir sortir de la voiture, mais comme je l’avais devancée, elle me laissa faire face à tout ce petit monde – j’espérais les intimider un peu avec ma grande taille. C’est là que Luc intervint :

ʺ Doucement les gars ! On n’aurait aucune chance contre eux. En plus, ça ne servirait à rien, vous voyez bien qu’ils ne savent rien. Excusez-les, la situation les rend nerveux. ʺ

Moi : ʺ Ce que nous savons, c’est que nous sommes là pour gérer la crise. Et pour l’heure, vous m’avez plus l’air de prédateurs que de bons samaritains. ʺ

Luc : ʺ C’est effectivement ce que nous sommes. Cependant, comme l’a dit Sébastien, sans les humains nous nous éteindrions. C’est pour cela que nous avons plus intérêt à vous aider qu’à vous barrer la route. ʺ

Caysha : ʺ Comment connaissez-vous Zeus ? Et que savez-vous de lui ? ʺ

Luc : ʺ Je connais Zeus pour l’avoir rencontré à plusieurs reprises dans le passé. C’est lui qui m’a parlé des éternels. En revanche, tout ce que je sais de lui, c’est qu’il ne lèvera pas le petit doigt pour nous aider car il n’appartient pas à ce monde. ʺ

Caysha : ʺ Malheureusement, c’est aussi l’impression que j’ai eu… Nous allons vous laisser maintenant. Nous devons nous reposer et réfléchir à la prochaine étape. L’échéance est très proche et il nous manque encore beaucoup d’informations. ʺ

Moi : ʺ Luc, c’est ça ? Tu m’as l’air d’un gars posé, fais donc en sorte que tes potes se tiennent tranquilles. Si t’as d’autres infos, tu sais où nous trouver. De notre côté, on travaille pour tout le monde en attendant d’en savoir plus. ʺ

Luc : ʺ Bien chef… On reste en contact. ʺ

Sur ces paroles, je lui ai serré la main, suis remonté en voiture et, tout en m’asseyant, j’ai vu le petit clin d’œil qu’il lança à Caysha. J’ai donc démarré en trombe pour rentrer à la maison. Sur le chemin, ma pimousse et moi avons bien évidemment commenté cette entrevue, par télépathie :

Caysha : ʺ Je n’arrive pas à y croire, c’est tellement court ! Zeus avait parlé d’un an, non ? ʺ

Moi : ʺ Va falloir augmenter la cadence si on veut être prêts. Nous ne savons même pas ce qu’on va devoir affronter. Si ça se trouve, ce sont des gus comme ceux qu’on vient de rencontrer qui sont derrière la fin du monde. En plus, j’ai eu beau essayer, je ne suis pas parvenu à entendre leurs pensées. ʺ

Caysha : ʺ Oui, moi non plus. En même temps, ce sont des créatures magiques, ils doivent donc savoir comment fermer leur esprit. Par contre, on devrait éviter les conjectures tant que nous manquons d’infos. M’est avis que nos nouveaux amis se révèleront utiles dans l’avenir. ʺ

Moi : ʺ Encore une intuition ? ʺ

Caysha : ʺ J’évite juste de jeter la pierre tant que j’ignore qui je vise. ʺ

Moi : ʺ Tu as sans doute raison mais j’ai un mauvais pressentiment. ʺ

 

Voix flottante de Caysha : ʺ Ce n’est pas plutôt le clin d’œil de Luc qui t’as contrarié sur le moment ? ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Tu veux vraiment qu’on aborde le dossier ʺ Luc ʺ, là tout de suite ? ʺ

Voix flottante de Caysha : ʺ Fais comme si je n’avais rien dit. ʺ

 

De retour à la maison, deux hommes en costume sombres squattaient notre perron. Et comme il était déjà plus de minuit, j’ai continué à rouler comme si ce n’était pas notre adresse. Seulement, au carrefour suivant, au moins cinq voitures noires à gyrophares sortirent de nulle part et nous encerclèrent. Et en même pas deux secondes, il y avait des commandos masqués et vêtus de treillis noirs tout partout, qui nous braquaient avec leurs armes à feu et leurs projecteurs surpuissants.

Caysha eut alors une réflexion pleine de bon sens :

ʺ Je ne sais pas ce qu’ils nous veulent mais je pense qu’il serait judicieux de ne pas faire de vague. ʺ

Ce à quoi je répondis : ʺ Je pense que t’as raison même si je suis sûr qu’on peut se les faire sans problème. ʺ

Caysha : ʺ T’es tout chaud bouillant toi ce soir mais moi, je ne suis pas ʺ pare-balles ʺ donc t’es gentil… ʺ

 

Voix flottante de Caysha : ʺ Je n’ai pas le souvenir d’avoir dit ça. ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Luc. ʺ

Voix flottante de Caysha : ʺ Elle est captivante ton histoire, mon chéri.ʺ

 

Bon, je ne vous le cacherai pas, même si j’étais prêt à en découdre, je n’avais pas non plus très envie de tester mon immortalité ou d’exposer ma pimousse à une fusillade inutile. Nous sommes donc simplement descendus de voiture, les mains levées, en signe de reddition. Ils nous ont alors interpellés et nous les laissâmes faire, sans résister – même s’ils se montrèrent ʺ un poil ʺ brusques. Puis, immédiatement après nous avoir passés leurs menottes design – à mi-chemin entre des bracelets de force hautes technologie et des entraves médiévales – et sans même se présenter ou répondre à mes questions sur les raisons de cette arrestation, ils nous mirent des sacs en toile noire sur la tête et nous jetèrent dans des voitures séparées. Heureusement, nos voitures respectives restèrent assez proches pour que nous puissions garder le contact télépathique tout du long. Du coup, ça nous a aidés à relativiser notre situation et à rester calmes. Surtout qu’ils ne nous ont pas baladés très longtemps, même si vingt minutes dans le noir et sans un mot peuvent paraître un peu longues. En fait, j’avais surtout peur qu’avec notre nouvelle influence, les kidnappeurs de ma femme perdent tout contrôle et se permettent des choses avec elle – eh oui, il ne faut pas oublier qu’elle était entourée de quatre mecs gonflés à l’adrénaline. Mais, comme la mienne, étonnement, l’escorte de Caysha se montra professionnelle jusqu’au bout – comme quoi…

 

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