Chap 1 : L’éveil – épisode 3

De son côté, Caysha me révéla qu’elle aussi entendait mes pensées et de la même manière que je percevais les siennes. A la différence que, comme je ne suis pas muet, mes pensées conscientes étaient perçues quelques millisecondes avant que je ne parle et du coup, elle entendait comme un écho – en plus des parasites. Et comme elle, elle avait commencé à les percevoir en plein milieu de cette nuit-là, ça l’avait même empêchée de dormir. Mais bon, sachant que j’ai le sommeil parfois difficile, elle avait préféré prendre son mal en patience et étrangement, ça n’avait même pas l’air de l’avoir fatiguée plus que ça – encore une fois, on a compris pourquoi plus tard, mais je vous laisse la surprise. Par la suite, et malgré les parasites, je suis tellement tombé sous le charme de sa voix intérieure – que j’imaginais moins douce –, que je me suis surpris à l’écouter inlassablement, durant tout le petit déjeuner, si bien qu’on ne s’est presque rien dit de vive voix. Puis, tout en essayant de maîtriser notre flot respectif de pensées pour ne pas nous saouler de bruit l’un l’autre, on a même continué comme ça jusque dans la voiture – puisque nos boulots étaient au même endroit, on y allait ensemble. Et, honnêtement, au début, ça allait. On entendait nos ʺ radios personnelles ʺ et celles des gens à proximité mais c’était encore gérable. Par contre, une fois sur le périphérique, je dois vous avouer qu’on n’a plus tenu. Tous ces gens, énervés dès le matin pour la plupart, généraient un tel boucan de pensées que ça nous a littéralement pris la tête – c’est le cas de le dire. Je nous ai donc sortis de cet enfer dès que j’ai pu, pour me garer en catastrophe et… vomir.

Là, j’ai appelé nos bureaux respectifs pour leur dire que nous devions prendre quelques jours supplémentaires, prétextant les séquelles de notre accident de voiture – dans un sens, ce n’était pas tout à fait faux. On a donc filé directement chez un ami médecin – qui fut assez gentil pour nous prendre tout de suite – pour qu’il nous prescrive du repos et renouvelle notre stock d’aspirine – j’ignorais encore que ça n’avait plus d’effet sur moi, à ce moment-là, mais je m’en suis très rapidement rendu compte. Puis, nous sommes rentrés aussi vite qu’on a pu. Nous avions réussi à négocier trois jours d’arrêt maladie mais je vous assure que sans ça, on n’aurait pas réussi à revenir au travail. Du coup, une fois de retour dans notre bulle, on s’est posé et Caysha utilisa ce qu’elle appela son ʺ savoir universel ʺ – son moteur de recherches magique intégré – pour savoir comment maîtriser notre nouvelle aptitude. Franchement, à force de voir apparaître de nouveaux pouvoirs bizarres tous les jours, au bout d’un moment, ça ne vous surprend même plus. Mais celui-là était quand même douloureux et handicapant, il nous fallait donc parvenir à le maîtriser le plus vite possible. Rendez-vous compte, on n’était pas rentré depuis une heure que déjà deux boites d’aspirine y étaient passées. Et je vous le donne en mille, le secret était tout simple : la concentration.

Alors, comme toujours, la théorie c’est bien mais en pratique, je peux vous dire que ce n’est pas si évident que ça de faire abstraction de tout ce que les gens ont en tête. Et ça réclame encore plus d’efforts d’organiser son propre esprit. Mais comme notre survie mentale en dépendait – comme celle de notre couple –,  on a appris à maîtriser les principaux aspects de la télépathie plus vite que n’importe quelle autre de nos nouvelles aptitudes surnaturelles. Après tout, on avait ʺ juste ʺ à isoler les fréquences pour ne plus entendre que ce qu’on avait envie d’entendre – ce n’est pas comme si on en percevait des milliers en même temps et que notre tête allait exploser. Et, ʺ tout simplement ʺ, apprendre à clôturer notre propre esprit, pour éviter de laisser transparaître les pensées furtives, génératrices de malentendus fâcheux – comme celles qui viennent naturellement à tout homme normalement constitué, croisant une jolie fille dans la rue… Vous l’aurez compris, on s’y est attelé très sérieusement et au bout de trois jours, la première étape était à peu près maîtrisée – vive la méditation, pour aider à la concentration c’est nickel. Par contre, pour la seconde… Disons que le couac de la pensée furtive, évoquée plus haut, n’a malheureusement pas été un incident isolé – et je précise que je ne fus pas le seul à me faire griller.

Mais bon, je ne vous le cacherai pas, même en ʺ maîtrisant ʺ à peu près nos perceptions – oui, soyons honnêtes, on ne devient pas télépathe pro en trois jours, même avec la notice pour les nuls made in Caysha –, le retour au boulot fut plus qu’épique, suite à cette histoire. Pour le coup, ma pimousse avait de la chance, elle, au moins, pouvait se shooter à l’aspirine pour tenir le choc – le premier jour, trois boites y sont passées. Et puis, dans l’atelier de restauration de son musée, on pouvait entendre une mouche voler quand tout le monde était concentré sur son boulot. Alors que moi, une ménagerie c’est déjà bruyant par nature donc là… Je peux vous dire que j’ai vraiment regretté que plus aucun médicament n’ait d’effet sur moi, parce que j’ai même essayé ceux pour animaux tellement j’étais mal – ah, je rigolais bien pour l’alcool mais là, plus du tout. En bref, le plus dur à été de m’habituer à être constamment entouré de bruit – ce que j’avais déjà un peu du fait de mon ouïe de plus en plus fine – et surtout, à ne plus jamais être vraiment seul dans ma tête – au moins, sur ce point, Caysha me rejoignait.

Par contre, quand nous parvînmes enfin à ne plus nous laisser envahir l’esprit par tous les bruits de pensées ambiants – ça nous a juste pris deux semaines rien que pour ne plus avoir de migraines –, la télépathie est rapidement devenue une ʺ simple formalité ʺ et le vrai entrainement put commencer. A tel point, en fait, que nous avons même fini par ne plus communiquer, entre nous, que par la pensée. En moins de trois semaines, Caysha n’utilisait même plus le langage des signes avec moi, même si elle continuait de donner le change en public – ou quand elle est très très fâchée car là, c’est plus difficile d’organiser son esprit. En revanche, avec le ʺ commun des mortels ʺ, nous n’avons constaté que la communication télépathique était possible que bien plus tard. D’ailleurs, la toute première fois que nous avons communiqué avec un tiers c’était par accident et heureusement, c’est arrivé avec Fred, le frère jumeau de ma femme – vous auriez vu sa tête, c’était tordant, mais j’y reviendrais plus tard.

Vous l’aurez donc compris, du fait de nos soucis de télépathie, nous n’avons pas pu lancer notre entrainement aussi vite que nous l’avions prévu et ça nous a beaucoup frustrés – sans parler du côté douloureux de la chose. En plus, comme la petite altercation avec les vampires nous restait encore un peu en travers de la gorge – c’est le cas de le dire puisque c’est là qu’ils aiment mordre –, on était plus que jamais déterminé à tout faire pour progresser. Du coup, dès que la télépathie cessa d’être un problème – même si nous avions encore beaucoup de ratés et surtout, des migraines – nous avons mis en place nos expérimentations. Et pour bien faire, nous nous sommes organisés en deux temps. La première partie se déroulait donc au boulot, principalement en faisant des petites blagues car, il faut bien l’admettre, c’est le meilleur des entrainements – si si, je vous assure. En fait, pour résumer, ma femme et ses collègues étaient en guerre contre le service des archives. Donc autant vous dire que les petites plaisanteries du genre de mettre l’ordinateur des adversaires en Russe ou de bloquer les roulettes de leurs chaises, sont vite devenues plus qu’obsolètes, voire ringardes. Caysha avait déjà beaucoup d’imagination mais avec la capacité de téléporter des objets d’un endroit à un autre, elle a littéralement fait des ravages dans les rangs adverses.

Eh oui, dès son retour, ma pimousse s’amusa à leur piquer des objets personnels et à les replacer dans des endroits improbables, sans même bouger de sa chaise. Elle réaménagea également leurs bureaux à distance – heureusement les fournitures n’étaient pas trop lourdes ni volumineuses. Elle déclencha aussi leur radio et leurs téléphones – aux pires moments, bien sûr – et éteignit leur lumière, les plongeant dans le noir à je ne sais combien de reprises… Ne me demandez pas comment, mais elle parvint même à pirater le système de vidéo surveillance de son musée, pour visualiser les bureaux de ses collègues et ainsi, pouvoir mieux se concentrer à distance sur leurs effets personnels. Pour être honnête, vous n’imaginez pas tout ce que son nouveau ʺ savoir universel ʺ lui permit d’accomplir et ce n’était que le début – des fois, elle en était même flippante. De mon côté, comme je bossais avec les animaux, ils sont subitement devenus taquins avec mes collègues et ont même commencé à faire des numéros de cirque. D’ailleurs, la fois où j’ai demandé à nos orang-outang de danser en rythme sur ʺ Clint Eastwood ʺ de Gorillaz était de loin la plus drôle. Par contre, en dehors de ma nouvelle force herculéenne et de ma capacité à contrôler les animaux, je n’avais pas beaucoup d’occasions d’utiliser ma télékinésie au travail – sans parler des migraines dues à ma télépathie incontrôlée, qui me poussaient à ménager mon petit cerveau. Surtout que, contrairement à ma femme, moi, j’avais du vrai boulot et par forcément le temps de faire mumuse.

 

Voix flottante de Caysha : ʺ Ouais, tu parles ! ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Un truc à ajouter ? ʺ

Voix flottante de Caysha : ʺ Combien de fois je suis venue te voir à ma pause pour te retrouver à taper le carton dans votre salle de repos ? ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Ah ben quand on est véto, en même temps, on gère surtout les contrôles de routine, le suivi des animaux traités et les urgences donc… ʺ

Voix flottante de Caysha : ʺ Oui, donc on est d’accord. Tu n’étais pas si occupé que ça. ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Comparé à toi qui ne ʺ guérissait ʺ que des documents vieux de plusieurs siècles et qui, de ce fait, ne gérait aucune urgence et s’organisait comme elle le voulait… Si, un peu quand même. ʺ

Voix flottante de Caysha : ʺ C’est sûr que dit comme ça… Bref. ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Je ne te le fais pas dire… ʺ

 

Donc, pour en revenir à notre entraînement, la seconde partie se déroulait le soir, dans notre jardin, et de manière plus ʺ intensive ʺ. Comme je l’ai dit – ou pas, je ne sais plus – nous habitions un joli petit pavillon en devant de parcelle, situé en banlieue ouest de Paris. Nous l’avions rénové et aménagé de façon à ce que personne ne puisse voir ce qui se passait dans la maison ou dans le petit jardin – ce qui se révéla très utile au final. Bon, par contre, je ne vous le cacherai pas, chez nous, on ne rigolait pas comme au boulot – Caysha peut être un vrai tyran quand elle a une idée en tête. Du coup, concrètement, comme le seul animal à notre disposition était Boots, notre chat, celui-ci donna de sa personne. La maison et le jardin frisèrent l’annihilation totale à plusieurs reprises – enfin, j’exagère un peu mais vous comprenez l’idée. Le jardin, justement, devint un vrai bric-à-brac d’accessoires bricolés – et détruits – en tout genre. Par exemple, on utilisait des bouteilles ou des planches pour faire des cibles fixes, pivotantes ou mouvantes, des poutres, rembourrées avec de vieux matelas et des coussins, en guise de mannequins de frappe… Quant aux voisins, ils ont vraiment dû croire que nous nous étions mis à la pyrotechnie démoniaque, lors de mes tentatives parfois ʺ un peu ʺ désespérées pour maîtriser le feu.

A l’époque, on avait l’impression de progresser plutôt vite puisque moins d’un mois après notre accident/révélation, les résultats étaient déjà relativement significatifs – du moins de notre point de vue à ce moment-là. Surtout que, comme je l’ai déjà précisé, à partir du moment où ma pimousse eut accès à son fameux ʺ savoir universel ʺ, ses pouvoirs ont commencé à se développer de manière exponentielle – je vous avais dit qu’elle se rattraperait. En effet, très vite elle maîtrisa la téléportation d’objets relativement volumineux, comme le mini four ou le vélo, gagna également en adresse et en agilité même si, question rapidité et force, elle ne parvint jamais à dépasser les capacités d’un athlète de haut niveau – ce qui est déjà pas mal pour une pseudo-ninjette. Elle commença également à rivaliser avec ma télékinésie, au moyen d’une forme équivalente de contrôle des éléments. En fait, je ne vous l’ai pas dit mais c’est le même pouvoir car ce qui peut faire bouger, peut aussi faire brûler, glacer… Cependant, pour elle, c’était au moyen de petites formules de magie qu’elle connaissait d’on ne sait où et qu’il lui suffisait de prononcer en pensée ou de mimer avec les lèvres – la vraie magie dont parlait Zeus. Et comparativement, sa magie s’est rapidement avérée bien plus puissante que mes pauvres petits pouvoirs psychiques – oui, sur ce point-là j’ai vite été largué –, allant même jusqu’à égaler ma force physique, après un certain temps.

En pratiquant, Caysha s’est vite rendue compte que plus un sort était complexe et puissant, plus une gestuelle appuyée lui permettait de l’exécuter efficacement. Ses connaissances et ses capacités augmentaient à mesure qu’elle se posait les bonnes questions – encore une fois, merci le savoir universel, et oui, cette fois, c’est moi qui l’envie. Toutefois, je vous rassure, avoir la science infuse ne l’a pas empêchée de faire de – grosses – boulettes. Notamment, quand nous nous sommes aperçu qu’elle peut voir les fantômes et ʺ zombifier ʺ n’importe quel cadavre. C’est plutôt cool, je l’admets, mais quand même un peu flippant, surtout pour quelqu’un qui a une aversion viscérale pour tout ce qui s’apparente à un mort-vivant – comme ma petite femme, par exemple. En fait, on a découvert son côté nécromancien par accident – comme la plupart de nos aptitudes d’ailleurs. Et ce fut même assez drôle – j’adore quand elle commet des erreurs, je me sens moins seul.

Pour l’anecdote, c’est arrivé un soir, environ deux semaines et demi après la rentrée, vers le 23 ou 24 janvier, je ne sais plus. Quoi qu’il en soit, le cadavre le plus proche, le hamster du fils du voisin récemment enterré dans le jardin d’à-côté, est simplement venu nous rejouer ʺ Thriller en live ʺ – sans jeu de mot –, après que ma sorcière amateur s’est interrogée sur l’existence des zombies. Question pour le moins légitime, suite à notre rencontre avec les vampires. La nature profonde de sa magie s’est alors exprimée et voilà – heureusement qu’on n’habitait pas à côté d’un cimetière… Bon, je vous rassure, il n’a pas débarqué en faisant la chorégraphie de Mickael Jackson – surtout qu’il était mort écrasé par un vélo et du coup, sa hanche n’était plus vraiment ce qu’elle était. Non, en fait, il s’est trainé jusque dans la cuisine, à moitié écrabouillé et congelé – on était quand même en hiver –, en passant par la chatière, mettant de la terre et de l’eau partout. Là, notre abrutit de chat lui est tombé dessus, s’est amusé un peu avec puis, une fois lassé, ramena son trophée à sa maîtresse, assise à côté de moi dans le salon.

Je vous assure que quand Caysha s’est aperçu que le pauvre Frankie – c’était le nom du hamster – bougeait encore, elle a frisé la crise cardiaque – nous deux, pour être honnête. Mais grâce à son savoir universel, elle comprit vite qu’elle était à l’origine de ce retour surprise. Du coup, immédiatement après avoir récupéré la pauvre bête zombifiée de la gueule de notre Boots, elle le jeta par la fenêtre et lui ordonna de retourner dans sa tombe, ce qu’il fit doucement mais surement. Moi, sur le moment, je me suis demandé si notre chat allait devenir zombie lui aussi, mais elle me rassura sur le fait que ce n’était pas contagieux, contrairement à ce qu’on peut voir dans les films. Par contre, par la suite, ma nécromancienne en herbe a fait beaucoup d’efforts pour compartimenter son esprit afin que sa magie et son savoir universel ne se mélangent pas. Mais bon, je vous rassure, j’ai encore beaucoup d’anecdotes dans le même genre car, n’oublions pas que madame travaillait dans un musée rempli d’animaux empaillés ou momifiés… Quand j’y repense, c’est un vrai miracle qu’elle ne se soit pas fait grillée par ses collègues parce que les peluches zombies, ce n’est pas le genre de truc qui passe inaperçu normalement – heureusement, elle est du genre réactive, ma pimousse magicienne.

De mon côté, l’évolution fut certes moins spectaculaire mais comme j’avais commencé sur les chapeaux de roues, on va dire que j’ai simplement continué sur ma lancée. En effet, à la même période, je pouvais soulever ma GSXR1500 à une main, sans effort – une moto de 250 kg réservoir vide –, courir plus vite qu’un guépard en départ arrêté, communiquer avec tous les animaux, maîtriser la télékinésie pour soulever l’équivalent d’une valise – vide, je précise – ou pour brûler ou geler des trucs – mon jeu préféré. Bon, j’avoue humblement que nous avons dû replanter plusieurs fois des thuyas, le long de la clôture qui séparait notre jardin de celui du voisin, pour planquer les trous que j’y ai fait en pratiquant le lancer de boules de feu. Mais le pire dans tout ça, c’était que j’avais un mal de chien à générer l’équivalent d’une boule de pétanque alors que ma moitié, elle, en était déjà à faire voltiger des petits dragons de flammes, façon balais aérien !

Enfin bon, quand j’ai découvert, lors d’un contrôle de police pour un ʺ tout petit ʺ excès de vitesse, que je pouvais imposer ma volonté à n’importe quel être vivant et pas seulement les animaux – la ruse du Jedi, vous connaissez ? Comme un hypnotiseur mais en beaucoup mieux. Je me suis senti revivre. C’est vrai, Caysha, elle, elle en était incapable sans magie – à moins, bien sûr, de tomber sur un flic zombie… Surtout que je n’ai pas d’effort particulier à faire, il me suffit d’employer un ton légèrement autoritaire pour que ça marche. D’après ma pimousse, mon contrôle sur les vivants fonctionne sur la même base que son contrôle sur les cadavres. Nous avons tous les deux une zone d’influence – qui grandit à mesure que nous montons en puissance – et donc, quiconque se trouve à l’intérieur est susceptible de tomber sous notre contrôle. C’est pour ça que, malgré mes efforts, je ne suis jamais parvenu à empêcher ma belle-mère de me houspiller au téléphone alors que chez elle, elle ne pouvait plus rien me refuser. Pas même la dernière part de son fameux gâteau aux amandes, que mon beau-frère et moi nous nous disputions à chaque fois que nous la visitions ensemble.

Mais bon, comme mon contrôle ne fonctionne pas sur les esprits forts, j’ai dû me rendre à l’évidence : jamais je n’allais être en mesure d’imposer quoi que ce soit à ma femme – on va dire que c’est aussi pour ça que je l’aime. Et bizarrement, son frère jumeau aussi était immunisé parce que, malgré mes tentatives, je n’arrivais jamais à lui faire oublier la fameuse dernière part du gâteau de sa mère – et pourtant, il était moins têtu que sa sœur. En fait, pour être franc, au début, ce pouvoir fut surtout pratique pour éviter d’autres PV de stationnement ou d’excès de vitesse ou encore à mon travail, pour esquiver la corvée de nettoyage des enclos de la ménagerie – comme par hasard, je ne fus plus jamais concerné par cette question. Mais au final, que ce soit ça ou la télékinésie, je n’utilisais mes pouvoirs psychiques qu’à petites doses parce que c’était vraiment très fatigant.

 

Voix flottante de Caysha : ʺ C’est sûr, dès qu’il s’agit d’utiliser ta tête, d’un coup, il n’y a plus personne ! ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Hé ! Un peu de respect pour ton aîné, veux-tu ? ʺ

Voix flottante de Caysha : ʺOui, alors, cet argument était déjà pathétique à l’époque, donc aujourd’hui, tu m’excuseras mais tes deux jours de plus… ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Bref, ou en étais-je ? Ah oui… ʺ

 

Outre le développement de nos capacités physiques et psychiques, Caysha et moi avons aussi constaté que quand nous étions ensemble, l’attitude des gens physiquement proches de nous changeait en fonction de notre humeur. Si nous étions fâchés, ils devenaient tendus, si nous étions tristes, ils devenaient mélancoliques… Même quand nous étions coquins entre nous, notre aura semblait comme contaminer les autres et, à mesure que nos pouvoirs s’intensifiaient, la portée de notre influence grandissait. Par contre, ça devenait plus difficile à gérer quand nous étions séparés. En effet, en l’absence de l’autre, notre aura exacerbée semblait carrément désinhiber les gens à proximité. Je m’explique : une personne d’ordinaire civilisée avait, semble-t-il, plus de mal à contrôler ses envies refoulées en notre présence. Par exemple, si son truc inconscient c’était la gourmandise, elle se mettait à grignoter compulsivement alors même qu’habituellement, elle aurait résisté jusqu’au prochain repas – une de mes collègues a pris dix kilos en deux semaines à cause de ça.

Pour être honnête, ce n’est que quand j’ai surpris certains regards de prédateurs libidineux vis-à-vis de ma femme, que j’ai commencé à vraiment me poser des questions – surtout que, comme elle d’ailleurs, je voyais dans leurs pensées tout ce qu’ils avaient envie de lui faire. Comme toujours, c’est en utilisant le savoir universel de ma pimousse qu’on a vraiment su le fin mot de l’histoire. Mais ça nous a surtout obligés à être encore plus vigilants avec notre entourage et on n’avait pas franchement besoin de ça, en plus du reste – déjà qu’avec ma nouvelle force, j’avais l’impression de marcher constamment sur des œufs… Je ne vous le cacherai pas, les regards intéressés n’étaient pas spécialement inhabituels dans la mesure où nous avions toujours eu du succès auprès du sexe opposé – les métisses ça plaît toujours. Seulement maintenant, en mon absence, son charme naturel, associé à notre nouvelle influence, semblait la rendre encore plus irrésistible qu’avant aux yeux de ses collègues masculins – et de quelques femmes aussi. Et visiblement, certains d’entre-eux étaient même prêts à aller jusqu’à se passer de sa permission, si vous voyez ce que je veux dire…

Mais bon, comme d’habitude, Caysha a mis les pendules de tout le monde à l’heure, avant que ça ne dégénère. Pour résumer, quand l’un de ses prétendants profita d’un moment seul avec elle pour tenter sa chance, un peu brutalement, je peux vous dire qu’il fut bien reçu. Ma ninjette lui fit définitivement passer l’envie de retenter l’expérience, avec elle ou une autre – je vous avais dit qu’il ne valait mieux pas la contrarier. Oui d’accord, je veux bien admettre que ça peut paraître un peu extrême d’attacher un mec nu à la porte de l’entrée du personnel, avec un panneau marqué ʺ harceleur ʺ autour du cou, après l’avoir gratifié d’un magnifique cocard. Mais il faut savoir que notre nouvelle influence révélait ce qu’il y avait déjà au fond de sa petite tête de pervers, ce n’était donc qu’une question de temps avant qu’il ne fasse une bêtise – et là, il avait enfin une très bonne raison de ne pas recommencer… Par contre, encore une fois et malheureusement pour nous, cet incident fut le premier d’une très longue série – et pas seulement avec ma femme. Encore plus si vous ajoutiez de l’adrénaline au mélange.

Enfin, quoi qu’il en soit, les choses sérieuses ne commencèrent vraiment qu’un peu plus d’un mois après notre ʺ fatal ʺ accident. Suite à notre rencontre avec les vampires, nous faisions profil bas, essayant autant que possible de limiter les mauvaises surprises – on restait sagement à la maison, quoi. Du coup, mis à part les petites déconvenues liées au développement de nos pouvoirs, durant ce laps de temps, nos seules rencontres surnaturelles furent les fantômes que ma petite nécromancienne s’amusa à convoquer, en piquant des objets leur ayant appartenus dans les archives de son musée. Certes, elle n’aimait pas les zombies – surtout quand ils débarquaient à l’improviste, juste parce qu’elle se posait des questions à leur sujet – mais faire revenir des ʺ gens ʺ comme Marie Curie, Charles Darwin ou Picasso… pour leur parler, ça, ça ne lui pose strictement aucun problème. Forcément, suite à l’histoire avec Frankie, le hamster zombie du voisin, la question sur l’existence des fantômes est vite apparue dans sa suite logique. Donc, comme ma pimousse est une érudite, vous pensez bien qu’elle s’en est donnée à cœur joie, quand elle sut comment faire revenir ses héros préférés. Après, personnellement, les zombies, ça ne me fait ni chaud ni froid. Quant aux fantômes, tant que je ne les vois pas, ça ne pose pas de problème non plus. Mais je peux vous dire que ça fait quand même tout bizarre d’embrasser sa femme, pour se rendre compte qu’elle est en train de taper la discussion avec Léonard de Vinci – entre autres. En plus, les spectres – des entités qu’on confondrait volontiers avec des vivants, s’ils n’étaient pas légèrement translucides et brillants – s’adressent à elle en l’appelant : ʺ ma reine ʺ, ce qui est loin de lui déplaire – oh ça oui ! Croyez-moi !

Mais bon, pour en revenir à notre côté casanier de ces dernières semaines, si nous ne sortions plus de chez nous, sauf pour aller au boulot, c’était surtout par crainte d’attirer sur nous d’autres monstres assoiffés de – notre – sang. Seulement, comme rester sagement à la maison n’était pas vraiment dans nos habitudes, nous avons finalement cédé à mon beau-frère, sa femme, Georgie et son mec, pour une petite soirée cinéma entre couples – jusqu’ici tout va bien –, lors du dernier week-end de janvier. Bon, vous vous imaginez bien que si j’y fais allusion, c’est que tout ne s’est pas vraiment passé comme prévu. En fait, en sortant de notre séance, vers minuit et demi, nous avons assisté à un accident entre une voiture et une moto – un refus de priorité qui a très mal tourné pour le motard, mort presque sur le coup. Cependant, aussi horrible qu’il fut, ce n’est pas l’accident en lui-même qui nous a choqué mais plutôt, la forme humaine qui se précipita au-dessus du mourant et sembla comme gober au vol la petite lumière qui était en train de s’en échapper. Là, vous vous demandez surement comment j’ai pu en être témoin puisque c’est Caysha la médium et pas moi. Eh bien, c’est simple : quand on se tient la main – ou n’importe quel autre contact physique –, nous partageons littéralement certaines de nos facultés.

Pour la petite histoire, on s’en est rendu compte assez vite. Comme je l’ai déjà évoqué à maintes reprises, j’ai fait beaucoup de dégâts – surtout au début. Et avec ma pimousse régulièrement à proximité, on s’est rapidement demandé pourquoi un coup elle était blessée et un autre, non. Donc, en expérimentant, il nous est apparu que lorsque nous établissons un contact physique, nous partageons nos forces et comblons nos faiblesses. Par exemple, si je lui jette une chaise/table de chevet au visage – comme c’est arrivé chez mes parents – pendant qu’elle me touche la main, ça ne lui fait pas plus de mal que ça ne m’en ferait à moi. Et inversement, si d’ordinaire je ne peux pas voir les fantômes, il me suffit de lui faire un bisou pour me retrouver nez à nez avec Léonard De Vinci – bon là, j’exagère un peu mais vous voyez le tableau.

D’ailleurs, en parlant de dégâts, quand Caysha sut finalement comment s’y prendre – et je vous prie de croire qu’elle s’est posée la question assez vite – elle jeta un sort à la maison, à la voiture et à la moto, pour que tout ça devienne ʺ Vinsen proof ʺ. En bref, à chaque fois que je cassais un truc à la maison, il se reconstruisait tout seul, comme si de rien n’était. Idem sur les biens de nos voisins. Ah c’est pratique le savoir universel et la magie, quand même. Surtout quand il suffit de dessiner de petits cercles avec des symboles bizarres, à des points stratégiques, pour délimiter une zone d’influence – qui pour moi, faisait tout notre quartier et mon bureau. Par contre, comme ma petite sorcière n’avait pas encore trouvé le moyen d’étendre ça aux êtres vivants, notre chat, lors de mes entrainements dans le jardin… Bon disons qu’heureusement que c’était un petit malin et que je suis vétérinaire.

Enfin bon, pour en revenir à notre soirée cinéma à l’issue tragique, je tenais donc Caysha par la main, partageant nos dons, quand un ʺ homme ʺ bouffa ʺ l’âme ʺ d’un pauvre motard agonisant – du moins, c’est comme ça que je l’ai interprété. Je ne vous le cacherai pas, devant l’horreur de la scène, j’ai crié et me suis précipité vers le motard, faisant fuir la créature du même coup. J’avais déjà compris que l’homme était mort, c’est d’ailleurs ce qui me retint de courir vers lui de toute ma vitesse, mais, en tant que véto, je me devais d’essayer de lui prodiguer les premiers soins, même si je savais que c’était peine perdue. Ensuite, quand les pompiers dépêchés sur place prirent le relais et que les policiers eurent fini de nous interroger, ma moitié et moi prîmes rapidement congé de nos amis pour rentrer le plus vite possible. Dans la voiture, ma pimousse n’était pas très à l’aise mais comparé à moi, elle était d’un calme olympien.

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