Chap 1 : L’éveil – épisode 2

En fait, je vous avouerai que cette première semaine a été plutôt compliquée à gérer, même si nos nouvelles capacités étaient encore loin d’être ce qu’elles sont devenues par la suite. Pour commencer, heureusement que c’était les fêtes car, grâce à l’ambiance – passablement alcoolisée – qui régnait à la maison, personne n’a vraiment tilté sur toutes les petites bizarreries qui eurent lieu durant notre séjour. Comme par exemple, le fait que nos blessures disparurent totalement en à peine quelques jours. Pour tout vous dire, dès notre retour, nous avons constaté que les changements, dus à notre nouvelle nature, étaient plutôt conséquents – surtout chez moi, en fait. En effet, à quelques exceptions près, les nouvelles facultés de ma femme mirent du temps à être flagrantes alors que moi, après la télékinésie, j’ai très vite commencé à voir ma force, mes sens et mes réflexes se développer graduellement de jour en jour. Je vous rassure tout de suite, Caysha s’est bien rattrapée par la suite – oh oui, ça, pour s’être rattrapée, elle s’est bien rattrapée !  

Mais bon, pour tout vous dire, c’est surtout ma force qui m’a posé problème au début. Elle augmentait relativement vite et comme j’avais toutes les difficultés du monde à m’y habituer, je suis rapidement devenu une vraie menace pour le mobilier et tout ce qui est un peu fragile dans une maison. Surtout que, comme je l’ai déjà précisé, mon physique est relativement imposant. Du coup, les coins de meubles – ou meubles entiers, j’ai fait aussi –, la vaisselle, les murs… Bref, malgré l’amélioration de mes réflexes, j’ai fait pas mal de dégâts et après quelques jours, je vous brisais une brique à main nue sans même m’égratigner la peau. Par contre, en ce qui concerne mes cinq sens, ils se sont développés suffisamment progressivement pour que je m’y habitue sans vraiment m’en rendre compte – comme une lettre à la poste, enfin, presque. Oui, en fait, je dois avouer que, même si ça s’est beaucoup calmé en rencontrant Caysha, je suis sujet aux cauchemars. De ce fait, il est possible que je sois à l’origine d’un certain nombre de destructions involontaires, dans notre chambre à coucher, où il se peut que j’eusse réagi un peu vivement à un bruit ou à une odeur, que personne à part moi ne percevait – sachez que me réveiller en sursaut peut avoir des conséquences dévastatrices. Pour être honnête, encore maintenant, ma pimousse est comme un attrape-mauvais-rêves pour moi, même si ça ne fonctionne pas toujours.

Enfin bon, tout ça pour dire que c’était déjà assez humiliant de dormir dans ma chambre d’ado du sous-sol – que ma mère avait gardé intacte depuis mon départ, au début des années 2000, avec tous les vieux posters et jouets garnissant murs et étagères –, mais alors si, en plus, le mobilier ne suis pas. Surtout qu’on était encore de jeunes mariés donc mon vieux lit d’ado… Pour faire simple, sachez juste qu’on a fini le séjour avec le matelas à même le sol, façon futon – au moins, là, nos ébats passionnés ne risquaient plus de nuire au mobilier. En plus de ça – et ce n’est pas pour me vanter –, Caysha comme moi ressentions les choses de plus en plus intensément, à mesure que notre vraie nature s’exprimait. Du coup, le bisou le plus banal ou le contact le plus léger prirent très rapidement une toute nouvelle ampleur – je vous laisse donc imaginer le reste. Par contre, l’excitation n’était décuplée que l’un avec l’autre car avec le ʺ commun des mortels ʺ, c’était toujours plus ou moins comme avant.

Quoi qu’il en soit, pour en revenir à mes ʺ petits ʺ problèmes de contrôle, fort heureusement, j’ai quand même réussi à ne blesser personne. Ce qui est curieux d’ailleurs, ma pimousse aurait au moins dû être touchée quand, en dormant, j’ai saisi la chaise qui me servait de table de chevet à ma gauche, pour l’exploser sur le mur derrière nos têtes – violence conjugale totalement involontaire. Mais bizarrement, elle n’a strictement rien eu alors qu’elle, l’invulnérabilité – même relative – n’a jamais été son truc – on a compris pourquoi plus tard mais je vous laisse la surprise. D’ailleurs, même si, côté force et résistance, je surpassais ma femme – comme bientôt le reste de l’humanité – chaque jour davantage, il y avait au moins un point sur lequel nous nous rejoignions : la vitesse de cicatrisation. En fait, outre les égratignures de l’accident qui disparurent en moins d’une semaine, on s’est vraiment rendu compte de notre pouvoir de guérison ultrarapide le 1er de l’an, alors que nous donnions un coup de main à la cuisine – et heureusement qu’on était seul.

Pour l’anecdote, Caysha était simplement en train de préparer des crudités pour l’apéro du soir – on en revient toujours à ça – pendant que moi, j’essayais de faire la vaisselle, sans rien casser. Seulement, ce faisant, j’ai littéralement déchiré – oui, déchiré – une casserole en fonte en tentant de la nettoyer, me râpant la main au passage – oui parce un bout de bois c’est rien mais un bout de fonte tranchant, ça, à l’époque, c’était encore une toute autre histoire. Ma pimousse, alors surprise par le bruit, s’entailla également un doigt, tandis qu’elle coupait des carottes, et voilà. On s’est donc retrouvé tous les deux avec les mains blessées et avant qu’on ait eu le temps de les panser, il n’y avait plus rien à part du sang – croyez-moi, ça fait tout bizarre de voir une plaie se refermer à vue d’œil. Après, comme je l’ai dit, à l’usage, il s’est avéré que ma peau à moi est beaucoup plus difficile à entamer que la sienne et je peux vous dire qu’elle me l’a toujours enviée – hé hé. Bien sûr, nous ne nous doutions pas encore des conséquences de nos forces et faiblesses respectives, surtout qu’elles nous apparaissaient relativement progressivement.

Par ailleurs, comme on n’a pas toujours eu la vie facile, plus nous en apprenions sur notre nature, plus nous étions curieux de tester nos limites, comme deux sales mômes avec de nouveaux jouets – oubliant presque l’événement tragique qui se préparait. Mais grâce à la famille omniprésente, nous n’avons jamais perdu de vue que nous ne devions pas abuser de nos nouvelles capacités. Le but du jeu c’était quand même de parvenir à les protéger eux, au final, puisque nous, à en croire Zeus, nous étions censés nous en tirer. Même si, pour être honnête, Caysha et moi étions un peu dans le déni par rapport à la menace annoncée. Je veux dire que tout s’enchaînait tellement vite, qu’on préférait jouer avec nos nouvelles capacités plutôt que de faire vraiment face à la réalité. Comme si nous avions peur qu’en abordant le sujet en profondeur, la menace prenne corps. Du coup, on parlait de nos pouvoirs mais pas ou très peu de ce qui était à l’origine de leur apparition. Après, quand j’y repense, nous avons quand même bien fait de profiter de ces petites vacances car, une fois de retour à Paris, la réalité de notre nouvelle situation nous a très vite ramenés sur Terre.

Nous sommes donc revenus à Paris le 3 janvier et, mis à part un accoudoir arraché par mes soins au cours d’une turbulence, le vol retour s’est plutôt bien passé – vous ai-je dit que je détestais voler à l’époque ? Bref. Une fois rentrés, comme nous ne reprenions le travail que le 8, nous eûmes tout le loisir de nous remettre calmement du décalage horaire, dans notre petit pavillon de banlieue parisienne, et de voir la belle-famille. Il était déjà prévu de longue date d’aller manger la galette chez ma belle-mère et de passer une soirée avec mon beau-frère et quelques amis, pour rattraper notre absence à Noël et au nouvel an. D’ailleurs, en parlant de galette, quelle galette ! J’ai littéralement passé l’après-midi du vendredi suivant notre retour à me faire houspiller pour avoir envoyé Caysha dans le décor – le style ʺ ouragan ʺ étant apparemment un héritage familial. Surtout que, comme d’habitude, nous n’étions pas vraiment en comité restreint – ça n’existait pas dans la famille de ma femme –, puisqu’en plus du typhon Annabelle – c’était le prénom de la ʺ marâtre ʺ–, il y avait aussi ses trois sœurs, autant de maris et une bonne dizaine de cousins de tous âges. Les réunions de famille n’étaient pas très difficiles à organiser pour eux dans la mesure où ils habitaient tous dans le même quartier pavillonnaire, à moins de vingt minutes de chez nous en voiture – nous faisions donc limite figure d’exception à habiter aussi loin.

En plus, essayez donc de naviguer au milieu des figurines de porcelaine et napperons en dentelle de votre belle-mère, sans rien casser, quand votre gabarit rend déjà la chose difficile et que chacun de vos gestes est juste une épreuve de maîtrise en soi. Elle avait certes une grande maison, du moins, comparée à la nôtre, mais elle avait aussi le don de l’encombrer avec toutes sortes de petits bibelots fragiles et autres accessoires de décoration. Mais bon, je vous rassure, ce n’est pas cette petite confrontation en famille qui nous a vraiment mis le feu – sauf peut-être à mon matricule. Non, ce retour à notre petite vie normale commençait même à rendre l’annonce de la fin du monde franchement virtuelle. Un peu comme un mauvais rêve, les pouvoirs en plus. Toutefois, comme je l’ai dit, ça n’allait pas durer.

En fait, la réalité nous rattrapa d’une manière plutôt brutale – comme toujours, vous me direz. C’est même arrivé dès le lendemain soir de la galette ʺ tempête ʺ. Comme je l’ai dit, nous avions convenu de sortir avec le jumeau de ma femme, mon beau-frère, Frédéric, sa femme, Mégane, et quelques amis que nous voyions régulièrement. Nous sommes donc allés dîner sur Paris, côté Montparnasse, puis avons terminé en club. Jusque là, rien de très original, mon beau-frère, à peine plus grand que sa sœur – et son portrait craché en version mâle –, était comme toujours à fond côté blagues, sa femme essayant tant bien que mal de contenir son enthousiasme, légèrement alcoolisé. Ma pimousse et lui n’arrêtaient d’ailleurs pas de se chamailler, comme toujours. Mais bon, ça m’a au moins laissé le répit nécessaire pour discuter discrètement avec ma petite belle-sœur – même Caysha la dépassait de quelques cheveux –, sur le meilleur moyen de convaincre ma moitié d’avoir des enfants. Après tout, Fred et elle étaient déjà parents de deux adorables bambins donc, comme ma chère et tendre était vraiment très réservée sur le sujet…  

En parlant de ça, le frangin et sa blonde n’étaient pas les seuls parents dans notre entourage proche à avoir été présents ce soir-là. Nous avions aussi Farah Méliès, dit Georgie, une kabyle bretonne, mère-louve de deux garçons, Nathan et Geoffroy. Elle était même venue avec son compagnon de l’époque et père de son tout petit dernier, Jean-Christophe Pascal, dit JC – la minorité ethnique de notre folle équipée, seul métropolitain de souche, sans métissage. J’aurais bien demandé aussi son avis à Georgie, pour les enfants, puisque ma femme et elle étaient les meilleures amies, mais elle aurait vendu la mèche à Caysha donc… A côté de ça, nous avions trois célibataires endurcis : Cédric Di Marco, dit Drix, petit italien basque avec son style de Fangio, Julien St Pierre, dit Juju, martiniquais chabin et très fier de l’être, et enfin, le meilleur ami de Fred, Matthieu Min dit Mat, sino-réunionnais en compétition constante sur la qualité des boissons alcoolisées avec Juju – et accessoirement, père du fils aîné de Georgie. De tous ces trublions, les seuls que je connaissais depuis aussi longtemps que mon beau-frère c’était Mat et Georgie, puisqu’avec ma pimousse, ils étaient tous potes depuis le lycée. Puis, un beau jour, Drix et Juju se sont greffés à la bande, au cours d’une soirée chez Fred.

Quoi qu’il en soit, il était donc environ quatre heures du matin quand Caysha et moi décidâmes de rentrer. Il faisait nuit noire mais côté température, ça allait encore pour un 6 janvier. Nous nous dirigions donc vers notre 205, garée en souterrain, quand nous avons été pris à partie par une bande de vampires. Eh oui, vous avez bien lu, des vampires, comme dans les films. Bien sûr, au début, nous avons pensé à une bande d’allumés, jouant les petits démons, suite à une soirée trop arrosée. Franchement, leur style de rappeurs échappés des années 90 dénotait beaucoup avec l’imagerie habituellement gothique de ces créatures – bien joué le camouflage ! Toutefois, quand ils ont commencé à nous suivre, l’air menaçant, en faisant claquer leurs mâchoires – avec un son métallique –, pour finalement nous interpeller, une fois bien à l’abri des regards dans le parking désert, on a dû se rendre à l’évidence. Comme à son habitude, Caysha a d’abord voulu faire sa ninjette mais quand elle s’est retournée et qu’elle a vu à quoi nous avions vraiment affaire, je peux vous dire qu’elle s’est vite ravisée – une volte-face en bonne et due forme.

Pour tout vous dire, ils avaient les yeux rouges sang, tellement ils en étaient injectés. Leurs dents, oui, surtout leurs grandes dents – sur toute la mâchoire, pas juste les canines, bien que celles-ci aient été légèrement plus longues –, grandissaient littéralement à vue d’œil. En plus, ils les faisaient claquer frénétiquement, comme s’ils voulaient nous hacher menu. Leur gestuelle aussi était surprenante, très saccadée, alternant des mouvements très rapides et très lents. C’est bien simple, on aurait dit qu’ils bougeaient en ʺ jump cut ʺ. Vous savez, ce procédé de montage vidéo qui donne l’impression qu’une personne a des gestes si rapides, qu’on ne voit que l’amorce du mouvement et sa pose finale, mais sans voir le mouvement en lui-même. Sans parler du fait qu’ils ne cessaient de répéter que nous dégagions une odeur exquise et qu’ils s’excusaient d’avance de vouloir nous manger – au moins ils étaient polis… Honnêtement, compte tenu de notre récente prise de conscience, ma pimousse et moi étions déjà bien prédisposés à croire en l’impossible mais là, j’avoue qu’on a quand même eu du mal. Cependant, vu qu’ils se montraient de plus en plus menaçants – pour ne pas dire super flippants –, nous dûmes faire abstraction du côté surnaturel de cette rencontre pour réagir vite et essayer de nous mettre à l’abri.

Franchement, en cas d’agression – et ça vaut même pour celles sans vampire – votre peur ne vous offre le plus souvent qu’une seule option : la paralysie. Le seul moyen de passer outre étant de respirer un bon coup. Et vu notre passé, ça, nous le savions que trop bien. C’est pourquoi nous parvînmes à réagir vite, malgré le ʺ petit ʺ côté film d’horreur de nos assaillants. Notre premier réflexe a donc été de monter dans notre voiture – note pour plus tard : très mauvaise idée. Ils nous ont encerclés et ont bloqué le passage avec d’autres véhicules. Oui, parce qu’en plus d’être très rapide, c’est très fort un vampire. Par contre, ce que j’avais oublié sur le moment, c’était que moi aussi j’avais gagné en force et en rapidité. J’ai donc pris mon courage à deux mains et suis ressorti de la voiture pour faire mon super héro, demandant même à Caysha de rester à l’abri pour pouvoir m’occuper d’eux sans retenue. Et bizarrement, juste cette fois, elle m’a écouté – stupéfiant n’est-ce pas ? J’ai alors commencé à me battre de toutes mes forces. J’avais du mal à rivalisé avec eux mais mes coups étaient quand même assez puissants pour envoyer ces monstres valser à plusieurs mètres – c’était étrange, j’avais l’impression de frapper dans des pneus en caoutchouc. Mais bon, ils se relevaient constamment l’air de rien et comme il en venait toujours plus, de toutes parts, j’ai finalement plié sous le nombre…

 

Voix flottante de Caysha : ʺ Non mais ce qu’il ne faut pas entendre ! ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Qui me parle ? Un problème dans ma version des faits ? ʺ

Voix flottante de Caysha : ʺ Dis plutôt que tu t’es étalé tout seul en voulant faire ton ʺ Superman bondissant ʺ dans un parking souterrain ! Môssieur ʺ Tout en muscles ou presque ʺ ! ʺ Plié sous le nombre ʺ, n’importe quoi… Ils devaient être cinq, à tout casser. ʺ

Voix de Vinsen : ʺ C’est la crevette anorexique qui gagne dix kilos de muscles et une taille supplémentaire de bonnets dans ses BD qui s’exprime ? ʺ

Voix flottante de Caysha : ʺ Là n’est pas la question. Tu sais très bien que dans une BD, plus l’héroïne a de seins, plus elle a de lecteurs ! Par ailleurs, au moment des faits dont tu parles, t’étais plus athlète de troisième mi-temps que grand sportif, tout comme moi, d’ailleurs. Nos corps se sont modelés progressivement, comme nos pouvoirs, alors arrête d’en rajouter. ʺ

Voix de Vinsen : ʺ Moi aussi je t’aime. Bon passons… ʺ

 

J’ai donc perdu connaissance, laissant Caysha aux prises avec les suceurs de sang. Quand j’ai repris mes esprits, j’ai vu que la vitre du siège où elle était assise était brisée et que ma femme ne touchait même plus le sol, tant les vampires se repaissaient d’elle frénétiquement. Je me suis donc précipité vers eux mais le premier bras que je saisis s’est littéralement désintégré. J’ai alors eu la stupéfaction de constater que les vampires étaient en train de partir en fumée, avant même d’avaler leur seconde gorgée – on aurait dit que ça les brûlait de l’intérieur et puis, pouf, tas de cendres. Je pense qu’ils ont aussi essayé de me mordre mais comme j’ai la peau dure, ils se sont finalement rabattus sur Caysha. Mais bon, quoi qu’il en soit, mal leur en a pris : ma pimousse s’est avérée être une proie délectable mais pas vraiment digeste. En fait, pour tout vous dire, moins de trois minutes plus tard, ils étaient tous redevenus poussière, ma moitié n’avait plus aucune trace et moi, j’essayais encore de comprendre ce qui venait de se passer – après l’avoir rattrapée avant qu’elle ne tombe, épuisée et tremblante. Et tandis que je la serrais fort dans mes bras, elle me signa, encore à bout de souffle :

ʺ Notre sang tue les vampires. Ils sont attirés irrésistiblement vers nous, plus que vers n’importe qui d’autre, mais sans pouvoir y survivre. ʺ

Surpris, j’ai alors répondu :

ʺ Ce n’est pas vraiment pratique mais je préfère que ça se passe comme ça. Au moins, c’est dissuasif. Par contre, comment sais-tu que c’est notre sang à tous les deux qui est toxique ? Moi, ils ne m’ont pas touché. ʺ

Caysha : ʺ Je le sais c’est tout. Et puis comme t’étais dans les vapes t’as pas vu leurs têtes quand l’un d’eux s’est cassé une dent sur toi. Elle a repoussé tout de suite mais ça avait quand même l’air douloureux… ʺ

Sans plus de discussions, je l’ai embrassée, serrée fort une nouvelle fois, puis nous avons déblayé la scène. Etant le plus fort, je me suis occupé des voitures, que j’ai remis à leur place initiale – en essayant de ne pas trop enfoncer leurs carrosseries, déjà abîmées par la lutte, ou de trop faire crisser leurs pneus, au passage. Et Caysha, elle, s’est chargée des vêtements vides de nos assaillants, qu’elle s’est empressée d’entasser dans le coffre de notre 205. Ensuite, nous sommes simplement rentrés le plus vite possible, en faisant un petit arrêt par une bene à vêtements, histoire que ces frusques servent à quelqu’un – pour peu que le futur usagé ne soit pas allergique à la cendre. J’avoue que j’étais un peu fébrile au volant et je n’ai donc pas vraiment  respecté le code de la route. Mais heureusement, à quatre heures et demie du matin, un 7 janvier, les quelques ʺ grillades ʺ de feux rouges et les quelques refus de priorité que j’ai fait, à l’insu de mon plein gré, sont passés comme une lettre à la poste. Par contre, comme vous devez vous en douter, une fois à la maison, pas moyen de dormir. A dire vrai, nous étions encore complètement dépassés par ce dont nous venions d’être témoins. Nos pouvoirs c’était une chose mais des vampires… Rendez-vous compte, notre monde venait juste de prendre une toute nouvelle dimension.

Bien sûr, nous étions paniqués mais également soulagés que ça ce soit terminé comme ça. Après tout, il n’y avait pas eu trop de casse – sans compter les autres voitures un peu enfoncées, notre vitre passager et les vêtements déchirés de ma femme –, pas de témoin et surtout, pas de dommage collatéral. Je veux dire, oui, les vampires étaient morts, mais ce n’était pas non plus comme si nous les avions provoqués. Ils étaient venus à nous tous seuls, comme des grands. Enfin, tout ça pour dire que nous étions plutôt contents d’être rentrés sans trop de bobos. Je ne vous le cacherai pas, Caysha était très fâchée contre elle-même, de ne pas être parvenue à se défendre seule, et moi-même, j’avoue que je n’étais pas non plus très fier de la manière dont ça s’était déroulé. Mais, au-delà de notre petite soif de revanche, nous avions surtout conscience de la chance d’être ensemble – vous ai-je déjà dit à quel point j’aime ma femme ? Du coup, comme on n’était pas franchement d’humeur à discuter et qu’on avait par-dessus tout besoin de chaleur humaine, je suis allé retrouver ma pimousse, encore un peu tremblante, dans la douche. Puis, une chose en entrainant une autre, nous avons fini par nous rassurer l’un l’autre au cours d’ébats passionnés, jusqu’en milieu de matinée – rien de tel pour se détendre. En plus, avec l’adrénaline, je peux vous dire qu’on était vraiment super en forme mais je vous rassure, notre lit a quand même résisté.

Le lendemain, je me suis réveillé seul, vers 13h. Et c’est avec un peu la tête dans le coton, que je suis descendu au salon pour retrouver Caysha, plantée devant son ordinateur. Je l’entendais pianoter depuis la chambre et je percevais ce bruit caractéristique si fortement, que j’en avais limite la migraine. Mais bon, une fois à ses côtés, je l’ai embrassée et ce faisant, j’ai vu qu’elle était en train de faire des recherches sur les vampires, sur Internet. En me relevant, pour me prendre un truc à manger dans la cuisine, je lui ai donc demandée :

ʺ T’as pas dormi du tout ? ʺ

Elle m’a alors répondu avec un sourire :

ʺ Très peu grâce à toi. En fait, je me suis réveillée vers 11h30, avec de drôles de pensées et après, plus moyen de me rendormir. ʺ

Moi : ʺ C’est-à-dire ? ʺ

Caysha : ʺ Mis à part ce qui s’est passé hier, depuis quelques jours, j’ai remarqué que je sais des choses sans les avoir jamais apprises. Attends, je vais te montrer. ʺ

Elle se leva, prit ma guitare électrique et se mit à jouer ʺ Stairway to Heaven ʺ de Led Zepplin. Sachant qu’elle n’avait jamais réussi à jouer autre chose que l’intro de ʺ J’ai demandé à la Lune ʺ d’Indochine – et mal en plus –,  cette démonstration était plutôt impressionnante. Je lui ai donc demandé :

ʺ T’as pris des cours pendant la nuit ? ʺ

Caysha : ʺ Non, comme je ne dormais pas, j’ai eu envie de jouer un peu et c’est venu tout seul. Et ce n’est pas le seul exemple. Vas-y, teste-moi sur n’importe quoi en culture générale. Un truc où habituellement, je suis nulle. ʺ

Moi : ʺ Les prochains résultats du loto ? ʺ

Caysha : ʺ Très drôle, j’ai dit ʺ culture générale ʺ, pas divination ! ʺ

Bon, sachant que Caysha était déjà une encyclopédie ambulante, j’ai décidé d’utiliser mon Joker : ʺ T’es nulle en géographie alors, voyons… Tiens, oui, qu’elle est la capitale de l’Ouzbékistan ? ʺ

Elle prit un papier et écrit ʺ Tachkent ʺ. Là, j’ai regardé sur Internet et elle avait raison – en plus, elle corrigea la faute que je faisais en écrivant Ouzbékistan avec ʺ ck ʺ.

Caysha : ʺ Le plus troublant c’est que j’ignore d’où ça sort. C’est comme si j’étais branchée sur un moteur de recherche universel et dès que je me pose une question, j’ai quinze mille réponses qui m’apparaissent d’un seul coup. ʺ

Moi : ʺ Tu vas finir par vraiment le mériter ton surnom de Wikipedia !

Caysha : ʺ Oh, s’il te plaît ! C’est déjà assez lourd quand mon frère m’appelle comme ça !

Moi : ʺ C’était donc ça ton affirmation d’hier. Tu sais, sur les vampires qui ne peuvent pas boire notre sang sans partir en fumée. Et donc, ça fonctionne aussi concernant Zeus et nos pouvoirs ? ʺ

Caysha : ʺ Bizarrement, pas aussi rapidement que le reste. En plus, malgré mes recherches, j’ai juste découvert qu’on trouve vraiment tout et n’importe quoi sur les vampires, sur Internet. C’en est même affligeant de constater que, finalement, j’en connais plus que tout ce qu’on a pu publier sur le sujet. ʺ

Moi : ʺ Ah ouais ? Et t’as appris des trucs intéressants en fouillant dans ta tête ? ʺ  

Caysha : ʺ Tout dépend de ta définition ʺ d’intéressant ʺ. Et toi, on a vu que t’étais devenu plus fort et plus rapide. Mais en dehors de ça et de la télékinésie, rien de nouveau ? ʺ

C’est à ce moment précis que j’ai remarqué que notre chat Boots, une boule de poils fauve tigré, nous regardait comme si nous étions l’attraction du jour. Je l’ai donc pris dans mes bras et lui ai donné à manger, le plus naturellement du monde. Et, sans même m’en rendre compte, j’ai pris un sachet de croquettes neuf, dans l’armoire à provisions sèches de notre cuisine. Ma ninjette m’a alors interpelé, en m’envoyant son chausson dans le dos depuis le canapé – sa grande technique de muette pour attirer mon attention donc heureusement qu’elle vise bien :

ʺ Que fais-tu ? On a déjà un autre sachet entamé ! ʺ

Je l’ai alors regardée elle, puis j’ai regardé Boots et j’ai dit :

ʺ Boots trouve que les croquettes du sachet entamé sentent le moisi. ʺ

Caysha : ʺ ʺ Boots trouve ʺ ? ʺ

Moi : ʺ Euh… Peut-on en reparler après le petit déjeuner ? J’ai vraiment une faim de loup. ʺ

Caysha : ʺ Mais oui, bien sûr ! Et après tu me diras depuis quand tu discutes avec le chat !? ʺ

En fait, je ne m’en étais même pas rendu compte mais je comprenais Boots aussi clairement que je comprenais ma femme. Et le pire, c’est qu’il me comprenait aussi ! En fait, pour moi c’était normal qu’il m’obéisse aussi bien depuis quelques jours. D’ailleurs, ce matin-là, je lui avais demandé d’uriner dans les toilettes, sans oublier de tirer la chasse d’eau, parce que j’avais la flemme de nettoyer sa litière. Et sans que ça ne me surprenne plus que ça, il l’a fait – bon, j’avoue que des fois, il me faut un peu de temps pour émerger le matin.

Caysha : ʺ Donc ? ʺ

Moi : ʺ OK, OK… Ça fait quelques jours qu’il m’obéit au doigt et à l’œil et que je comprends tout ce qu’il veut. Lui et le rat du voisin aussi. ʺ

Caysha : ʺ Tu veux dire le yorkshire ? ʺ

Moi : ʺ Oui, cette petite merde qui n’arrête pas de brailler dès le matin ! ʺ

Caysha : ʺ Et tu comptais me le dire quand ? ʺ

Moi : ʺ Ben, je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite. En fait, je viens juste de vraiment le réaliser en t’en parlant. La vision de Boots sur les toilettes a mis un peu de temps à arriver jusqu’au cerveau. ʺ

Caysha : ʺ ʺ Les toilettes ʺ ?… OK, déjeunons. ʺ

Il était déjà tard mais comme c’était notre dernier jour de vacances, nous nous sommes mis d’accord sur la marche à suivre, en prenant le petit déjeuner au bar de notre cuisine américaine – garder certaines habitudes, ça rassure, surtout quand tout le reste part en sucette.  Nous avions besoin de développer nos pouvoirs sans nous faire griller par le commun des mortels et sans perdre nos emplois au passage – les factures ne se payant pas encore toutes seules. Donc, ma pimousse, comme c’était son truc, nous organisa un planning d’entrainement, avec toutes sortes d’accessoires qu’elle imagina pour l’occasion – ça aussi c’est son truc, les inventions ou plutôt, puisque c’était nos débuts, les bidouilles ʺ scientifico-MacGyveresques ʺ. Puis, d’un commun accord, nous avons décidé de ne pas utiliser nos pouvoirs en public, sauf si personne ne nous voyait à l’œuvre. Nous avons ensuite établi une liste de ce que nous étions capables de faire, pour pouvoir l’étoffer au fur et à mesure de nos expérimentations. Bizarrement, nos travails respectifs allaient devenir beaucoup plus faciles mais aussi, beaucoup plus fastidieux. Pour être franc, une fois passé le ʺ petit ʺ désagrément qui nous est tombés dessus dès le lendemain, nous n’allions avoir qu’une seule pensée durant les semaines à venir : nous retrouver à la maison pour assouvir notre curiosité et progresser au passage.

Justement, en parlant de pensée, le ʺ petit ʺ désagrément en question concernait précisément ce domaine puisque nous avons tous les deux commencé à entendre celles d’autrui. Et comme par hasard, c’est arrivé pile le jour où nous étions censés reprendre le travail. En fait, la télépathie c’est comme capter des ondes radio émises par tout le monde. Mais si on ne filtre pas, on entend toutes les fréquences en même temps – je vous laisse imaginer le bruit que ça génère. Ce matin-là, je me suis donc levé comme d’habitude et Caysha était déjà dans la cuisine, à préparer le petit déjeuner. C’était bizarre mais j’avais comme un brouhaha indescriptible dans la tête et une odeur de chocolat au lait très prononcée dans les narines. Puis, en descendant, j’ai entendu très clairement une voix féminine, dans ma tête, me dire que le petit déjeuner était prêt, tout en voyant ma femme, au pied de l’escalier, me dire exactement cette même phrase, mais en langage des signes. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que je venais d’entendre sa voix pour la toute première fois ! C’était émouvant et en même temps très bruyant puisqu’elle ne maîtrisait pas le flot de ses pensées et que, comme moi, elle avait plein de choses en tête – voire même plus. Pour simplifier, les seules pensées que je percevais parfaitement c’était ses pensées conscientes mais elles étaient tellement parasitées par toutes les autres que ça engendrait un bruit de fond très agaçant.

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